À Toulon, Présences Féminines avec Édith Canat de Chizy « Festivals &Laquo; La Scène « ResMusica

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Toulon. Festival Présences féminines. 14-X-2020. Rosy Wertheim (1888-1949) : Lancelot pour flûte, violon, alto et violoncelle; Clémence de Grandval (1828-1907) : Valse mélancolique pour flûte et harpe ; Graciane Finzi (née en 1945) : Océan mer, pour flûte, violon, alto et violoncelle ; Mel Bonis (1858-1937) : Scènes de la forêt, pour flûte, alto et harpe ; Édith Canat de Chizy (née en 1950) : Beyond pour flûte, violon, alto et violoncelle ; Charlotte Sohy (1887-1955) : Tryptique champêtre op.21, pour flûte, harpe et trio à cordes. Ensemble Hélios : Christel Rayneau, flûte traversière ; Nathanaëlle Marie, violon ; Vinciane Béranger, alto ; Christophe Beau, violoncelle ; Élodie Adler, harpe

Emmenée par Claire Bodin, la 10ᵉ édition de Présences Féminines met à l’honneur Édith Canat de Chizy dont on fête cette année les 70 ans. Co-commande du festival et de l’Ensemble Hélios (quatuor avec flûte), Beyond, la nouvelle œuvre de la compositrice, est créée en ouverture de festival.

HELIOS

Il devait débuter le 17 mars dernier… l’équipe de Présences Féminines a tenu le pari du report à l’automne ; un report partiel compte tenu des contraintes sanitaires mais le même focus sur les compositrices avec une affiche 100% féminine croisant œuvres du matrimoine et écriture contemporaine. «Notre champ d’action tient du laboratoire où nous devons, avec les interprètes, chercher les partitions, les déchiffrer et les choisir », nous dit Claire Bodin qui, depuis 2017, reçoit chaque année en résidence une compositrice de la scène nationale. Rappelons que toutes ces dames aux destinées singulières sont à retrouver sur la base de données « Demandez à Clara », une plateforme collaborative mise en ligne en juin dernier.

C’est dans le cadre inspirant du Musée de la Marine, entre maquettes de bateaux et sculptures de proue, qu’a lieu le premier concert avec l’Ensemble Hélios rejoint par la harpiste Élodie Adler. Avec six œuvres à l’affiche et quelques noms de compositrices pratiquement inconnus, c’est un programme rare qu’ont concocté les musiciens pour donner à entendre la richesse d’un répertoire existant que le festival s’est donné pour mission d’exhumer.

Comme la plupart de ses consœurs musiciennes en ce début de XXᵉ siècle, la Néerlandaise Rosy Wertheim est interprète (pianiste) et compositrice. Son Lancelot en trois mouvements est un quatuor avec flûte d’une belle envergure expressive dans l’interprétation des Hélios, exploitant la variété des couleurs et des registres instrumentaux. Les deux premiers mouvements Andante tissent une trame narrative d’une belle facture où cordes et flûte se relayent. Le scherzo prometteur, mais sans son trio, semble en revanche inachevé. Clémence de Grandval est fille de baron, chanteuse – on raconte qu’elle a pris des leçons avec Chopin ! – et élève de Saint-Saëns pour la composition. Son catalogue impressionnant aborde tous les genres et fait mention de dix opéras. La Valse mélancolique appelant la complicité de Christel Rayneau à la flûte et d’Élodie Adler à la harpe est un rondo qui ne manque pas d’élégance et d’invention dans les détours de la ligne mélodique même s’il ne sort pas du modèle néo-romantique de la musique de salon.

En phase avec le décor du Musée, Océan mer de Graciane Finzi nous invite au contraire à prendre le large. L’œuvre dédiée à l’Ensemble Hélios est une sorte de mélologue faisant appel à six textes de poètes différents, Richepin, de Marbeuf, Corbière, Rimbaud, Verlaine et Hugo : En fine dramaturge, Graciane Finzi sollicite et la voix et le jeu des instrumentistes (incluant la flûte alto) pour mettre en interaction les mots et une écriture musicale aussi réactive qu’économe : rythmes obstinés, variété de tempi, de textures et de couleurs, flexibilité des lignes et chromatisme expressif pour donner vie à chacune de ces « marines » : Ciel d’encre / Flots de poix / Foutu quart de brume ! (Jean Richepin). L’immersion est totale, assumée par nos quatre musiciens tout terrain qui ont pourtant fait le choix de garder leur masque.

Mel (pseudo masculin de Mélanie) Bonis est condisciple de Debussy qu’elle coudoie dans la classe de composition d’Ernest Guiraud. Elle est également la première à intégrer la classe d’harmonie qui va accueillir les femmes à la toute fin du XIXᵉ. Scènes de la forêt (1928-29) pour flûte, alto et harpe (Christel Rayneau, Vinciane Béranger et Élodie Adler) est à l’origine écrit pour flûte, cor et harpe ; on y ressent la grâce antiquisante de Danse sacrée et Danse profane ainsi que les effluves de plein-air de la Petite Suite de son confrère Debussy. La partie d’alto (alias cor) particulièrement soignée fait apprécier le timbre chaud de Vinciane Béranger. Couleur modale, balancement harmonique et rythme iambique (brève-longue) nous plongent dans les ravissements du goût français dont la compositrice a fait son miel.

edith canat de chizy
D’Édith Canat de Chizy, Beyond, signifiant au-delà, est l’expression de cette nécessité de dépassement où s’origine la démarche de la compositrice : chercher à travers le mouvement, qui dialectise les notions de mobile et d’immobile, et à travers le timbre qui fonde sa recherche d’écriture, un ailleurs et un inconnu, l’inouï qui relève de l’utopie sonore toujours au centre de son travail. La compositrice vient donner quelques clés d’écoute avant la création, pointant cette ambiguïté des sources entre flûtes (en ut et piccolo) et cordes mise à l’œuvre grâce aux techniques de jeu étendues : flatterzunge de la flûte et trémolo des cordes générant une granulation singulière ; bisbigliando et flautando des mêmes pour effacer les hauteurs au profit d’une texture colorée par le souffle ; sons itératifs du piccolo et pizzicati du violon où s’hybrident les deux sonorités : autant d’éclats d’une matière délicatement ciselée que traverse un mouvement cinétique entretenu par le jeu en relais des quatre instruments. La coda est quasi chorégraphique, propulsant les sons vers l’extrême aigu du registre sous les pizzicati glissés du violoncelle (Christophe Beau). Édith Canat de Chizy et ses interprètes, à qui l’œuvre est dédiée, reviendront sur scène pour répondre aux questions du public au terme de la soirée, en l’absence du traditionnel verre avec les artistes interdit jusqu’à nouvel ordre.

Le concert s’achève avec Tryptique champêtre op.21 de Charlotte Sohy (qui se faisait appeler Charles). Formée à la composition par Vincent d’Indy et Louis Vierne, elle semble avoir mis à profit une technique de contrepoint aussi virtuose qu’expressive. Un souffle lyrique à la Chausson émane de ces trois pièces en quintette (Ensemble Hélios et Élodie Adler) déployant une écriture solidement charpentée, solaire et généreuse (Enchantement matinal). La veine mélodique plus populaire irriguant tous les registres et les arabesques chromatiques du violon (Nathanaëlle Marie) enchantent un dernier mouvement (Danse au crépuscule) rehaussé des scintillements de la harpe.

Saluons une fois encore l’engagement de nos cinq interprètes mettant leur énergie et leur talent au service de partitions qu’il est grandement temps de remettre sur les pupitres.

Crédits photographiques : Ensemble Hélios ; Edith Canat de Chizy © Festival Présences féminines

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Toulon. Festival Présences féminines. 14-X-2020. Rosy Wertheim (1888-1949) : Lancelot pour flûte, violon, alto et violoncelle; Clémence de Grandval (1828-1907) : Valse mélancolique pour flûte et harpe ; Graciane Finzi (née en 1945) : Océan mer, pour flûte, violon, alto et violoncelle ; Mel Bonis (1858-1937) : Scènes de la forêt, pour flûte, alto et harpe ; Édith Canat de Chizy (née en 1950) : Beyond pour flûte, violon, alto et violoncelle ; Charlotte Sohy (1887-1955) : Tryptique champêtre op.21, pour flûte, harpe et trio à cordes. Ensemble Hélios : Christel Rayneau, flûte traversière ; Nathanaëlle Marie, violon ; Vinciane Béranger, alto ; Christophe Beau, violoncelle ; Élodie Adler, harpe

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