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Le film “Deux” va représenter la France aux Oscars 2021, un geste fort

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Sophie Dulac Distribution

Martine Chevallier et Barbara Sukowa, à l’épreuve de l’amour dans “Deux”.

CINÉMA – Une première victoire. Sorti sur les écrans au mois de février dernier, le film “Deux” du réalisateur Filippo Meneghetti a été choisi pour représenter la France aux Oscars 2021 au printemps, comme l’a annoncé ce jeudi 19 novembre le Centre national du cinéma et de l’image animée.

Parmi les autres films présélectionnées figuraient “Mignonnes” de Maïmouna Doucouré, “ADN” de Maïwenn, et “Eté 85” de François Ozon. Le choix revenait à une commission où siègent notamment les cinéastes Mati Diop et Olivier Nakache, ainsi que le directeur général délégué du Festival de Cannes Thierry Frémaux et la nouvelle présidente de l’Académie des César, Véronique Cayla.

L’histoire de “Deux”, c’est celle de deux femmes. L’une s’appelle Madeleine. L’autre, Nina. De simples voisines aux yeux de tous, elles s’aiment en secret. Mais, ça ne peut plus durer. La seconde presse la première d’en parler à ses enfants. Celle-ci essaye, mais n’y arrive pas. C’est sans compter sur un accident qui va temporairement enterrer la démarche. 

Premier long-métrage du jeune cinéaste italien mettant en scène Barbara Sukowa, Martine Chevallier et Léa Drucker, il avait conquis le coeur de certains festivals en France, dont celui du film LGBTI Chéries-Chéris à Paris au mois de novembre 2019.

Inspiré d’histoires similaires dont son auteur a été témoin et qui l’ont profondément marqué, il veut, d’une part, leur rendre hommage, mais aussi délivrer un message fort d’acceptation de soi. “Le regard que nous portons sur nous est nourri par la société, nous avait expliqué le cinéaste au moment de la sortie du film. Cela entraîne une forme d’autocensure.”

Combler un manque

Même si elles ne sont pas nombreuses, des intrigues autour d’une romance lesbienne, il en existe au cinéma: “La Favorite”, “Free Love”, “Portrait de la jeune fille en feu”, “Rafiki”, “La vie d’Adèle”… Les films francophones mettant en scène des femmes, du troisième âge, beaucoup moins. “Deux” compte bien combler ce manque. 

Son réalisateur y met un point d’honneur. “Je fais des films sur des choses qui m’interpellent et m’enragent, confie ce dernier. Je pense qu’on vit dans un monde obsédé par une seule définition de la beauté et les corps jeunes. Je sens qu’il est de ma responsabilité de faire des images honnêtes qui représentent la réalité.”

Plus qu’un engagement, il décrit sa démarche comme étant politique. Ce qu’il souhaite, c’est “représenter le monde pour ce qu’il est”, explique Filippo Meneghetti. Donner de la visibilité à celles qui n’en ont pas ou peu et participer au débat sur les questions de représentation, tel est son credo. 

“C’est de la science-fiction”

″À la sortie d’une projection du film, une femme est venue me voir, se souvient le trentenaire. Elle me dit: ’C’est de la science-fiction. Des femmes comme ça, ça n’existe pas.’” La remarque de la spectatrice résonne en lui. “Elle donne un sens à ma démarche”, confie-t-il. 

Preuve qu’il existe encore un tabou sur le sujet, le film a pris du temps, beaucoup de temps, avant de trouver les précieuses sources de financement. “Six ans”, concède son réalisateur. Une difficulté qu’il incombe à deux des éléments de son projet, l’homosexualité de ses personnages et leur âge.

Sa ténacité mise à rude épreuve, Filippo Meneghetti obtient finalement une aide du CNC, de la région Occitanie et une coproduction avec le Luxembourg et la Belgique. Le tournage, lui, n’aura duré que 31 jours. À sa sortie, “Deux” a été projeté dans 80 cinémas. Le cinéaste s’en félicitait: “Je fais des films pour qu’ils soient vus”. L’urgence de montrer nos aînées a sonné et sonnera bientôt de l’autre côté de l’Atlantique.

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