Après les menaces, l’Éducation nationale face à la stupeur d’un attentat

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BERTRAND GUAY via Getty Images

Des pancartes “Je suis enseignant” portées à Conflans-Sainte-Honorine, après l’attentat commis contre un professeur d’histoire-géographie. 

ÉDUCATION NATIONALE – Au lendemain de la décapitation d’un professeur d’histoire à Conflans-Sainte-Honorine, c’est la sidération qui domine au sein du corps enseignant ce samedi 17 octobre. Un effroi qui touche une profession à laquelle le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a promis protection après cet “acte ignoble et lâche”. 

Car depuis la vague d’attentats qui a frappé le pays en 2015, l’école apparaissait comme le dernier sanctuaire épargné par la violence jihadiste, hormis l’attaque d’une école confessionnelle en 2012 par Mohamed Merah. Or, vendredi soir, l’institution publique a été frappée en raison de son existence même: la formation de citoyens éclairés.

Selon les premiers éléments de l’enquête, Samuel Paty a précisément été pris pour cible pour avoir exercé son métier, c’est-à-dire évoquer le cas des caricatures de Mahomet dans le cadre d’un cours sur la liberté d’expression. 

“Corruption morale” 

Raison pour laquelle les syndicats enseignants ont appelé à un rassemblement national dimanche à 15 heures place de la République à Paris et ont été reçus par le premier ministre Jean Castex. Si cette attaque constitue une première rue de Grenelle, cela fait en réalité un petit moment que les islamistes ont l’école de la République dans leur viseur.

“L’Éducation nationale représente en France le ciment républicain. Ils cherchent à travers ça aussi à intimider, à ce qu’on ne puisse plus prendre la parole sur un certain nombre d’enjeux. Au-delà de ça, c’est aussi la question du symbole. La France est précisément l’antithèse du modèle jihadiste, et c’est ça qu’ils cherchent à saper”, rappelle ce samedi à France inter le chercheur Hugo Micheron, auteur d’un livre remarqué sur le jihadisme français.

Après les attentats du 13 novembre 2015, alors que l’État islamique était au paroxysme de la terreur, les écoles et les enseignants comptaient effectivement parmi les cibles désignées de l’organisation terroriste, qui appelait ni plus ni moins à passer à l’acte contre l’institution. Dans un document de propagande destiné à son public francophone, Daech affirmait que l’école cherchait à “imposer le mode de pensée corrompu établi par la judéo-maçonnerie” et à cultiver “l’ignorance et la corruption morale” chez les enfants.  

Qualifiant la charte de la laïcité affichée dans établissements scolaires depuis 2013 de “tissu de mensonges et de mécréance”, l’organisation terroriste appelait à “combattre et tuer tous ces corrupteurs” exerçant au sein de l’Éducation nationale. Une alerte qui avait été jugée suffisamment sérieuse pour que le ministère de l’Intérieur décide à l’époque d’augmenter le niveau de vigilance sur les établissements scolaires, redoutant le scénario noir d’un attentat qui serait commis devant ou contre des élèves.  

Atteintes à la laïcité

Or, dans le cas de Conflans-Sainte-Honorine, ce ne sont pas tant les appels d’organisations internationales qui semblent être en cause, mais la contestation du principe de la laïcité par au moins un parent d’élève, qui a lancé une mobilisation à l’encontre du professeur sur les réseaux sociaux, selon les premiers éléments donnés par le procureur national antiterroriste. Sur ce point -les atteintes à la laïcité au sein de l’école- un état des lieux préoccupant avait été fait en 2004 par Jean-Pierre Obin. Ancien inspecteur général de l’éducation nationale, il est l’auteur d’un rapport sur le sujet, enterré par François Fillon, alors ministre de l’Éducation nationale. 

Celui qui fait figure pour certains de lanceur d’alerte, a publié récemment un livre baptisé “Comment on a laissé l’islamisme pénétrer l’école” dans lequel il multiplie les exemples qui, selon lui, témoignent d’une progression de la contestation de la laïcité par des élèves affichant des sympathies islamistes, du refus d’une minute de silence au lendemain du 11 septembre aux heurts déplorés dans certains établissements dans le cadre des hommages après l’attentat de Charlie Hebdo.

Un phénomène sur lequel l’administration préférerait fermer les yeux, affirme-t-il. “Cela fait plus de vingt ans que la République se laisse attaquer sans réagir, il est grand temps qu’elle passe à l’action”, déclarait-il le 12 octobre dans une interview au Parisien. Par ailleurs, un rapport de l’Inspection générale remis le 13 octobre à Jean-Michel Blanquer relevait des “centaines” d’atteintes à la laïcité en milieu scolaire rapporte Marianne. Alors que le rectorat avait été mis au courant de la situation concernant Samuel Paty, l’administration aurait-elle été trop coulante dans ce cas précis? 

Non, répond le ministre de l’Éducation nationale, qui a fait de la défense de la laïcité l’un de ses dossiers prioritaires rue de Grenelle, au point d’avoir consacré un colloque à cette question en début de semaine. Selon Jean-Michel Blanquer, la principale du collège a au contraire “fait tout ce que l’on doit faire lors qu’arrive ce genre de choses”. “Elle a évidemment vu le professeur, été solidaire du professeur, elle a alerté les équipes ‘Valeurs de la République’ (les référents laïcité de l’Éducation nationale, ndlr), qui sont intervenues (…) en soutien du professeur”, a-t-il déclaré, jugeant la réponse de l’Éducation nationale “appropriée”.  

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