Au Festival de Cannes 2021, tous les festivaliers ont payé 24 euros pour la planète

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ENVIRONNEMENT – Au Festival de Cannes, il n’y a pas que le sulfureux “Benedetta” de Paul Verhoeven qui divise le public. Une taxe carbone a été mise en place cette année pour compenser la pollution générée par la tenue du Festival. Une grande première qui a surpris les habitués sur la Croisette, comme vous pouvez le voir dans notre vidéo en tête d’article. 

Les quelque 25.000 festivaliers de l’édition 2021 ont dû s’acquitter de la somme de 24€ (20€ HT) qui sera intégralement reversée à six projets pour l’environnement (pas encore dévoilés publiquement) retenus par un comité scientifique d’experts indépendants. L’objectif est de compenser l’empreinte carbone liée aux transports pour se rendre au Festival qui représente selon les organisateurs 89% du bilan carbone total.

“On a réalisé une estimation sur la base des accréditations délivrées en 2019 pour déterminer la provenance des festivaliers. Ensuite, on a calculé l’empreinte carbone que cela générait et on a établi une moyenne par participant, c’est comme cela que nous en sommes arrivés à cette somme de 20€ par personne,” explique au HuffPost François Desrousseaux, secrétaire général du Festival. 

Par le passé, le Festival de Cannes avait déjà testé une telle mesure qui demeurait toutefois non contraignante. Ainsi en 2019, les festivaliers pouvaient verser la somme de 20€, mais seulement 40 sur 40.000 avaient pris cette initiative. Bien trop peu pour pouvoir mener de grands projets pour le climat. Même constat en 2020. Avant l’annulation du Festival à cause de la pandémie de Covid-19, seulement 12 personnes s’étaient acquittées de la somme sur “15.000 ou 20.000 accréditations”, selon les organisateurs. Raison pour laquelle le Festival a décidé d’imposer cette contribution cette année.

“J’ai l’impression de payer mon accréditation”

Dans le Palais des festivals, la mesure a fait réagir le public, certains se demandant si l’accréditation n’était tout simplement pas devenue payante cette année, comme cela peut être le cas dans d’autres festivals ailleurs en Europe. “J’ai eu un peu l’impression de payer mon accréditation cette année”, regrette une cinéphile, qui reste pour l’heure sceptique sur le projet.

“C’est la première fois que je viens et je pensais que le festival était payant à la base alors cela ne me dérange pas du tout, d’autant qu’on a le droit à une navette gratuite pour se déplacer”, nuance une détentrice du pass trois jours réservé aux amateurs de cinéma entre 18 et 28 ans. Parmi les personnes interrogées par Le HuffPost, beaucoup louent l’initiative, mais regrettent de ne pas avoir été plus informées en amont de la manière dont sera utilisé cet argent.

La direction du Festival tient à rassurer, rappelant que “l’accréditation demeure gratuite et que l’intégralité de la somme récoltée sera reversée aux six projets pour l’environnement”. Une somme qui devrait avoisiner les 500.000 euros, à laquelle il faudra également ajouter une rallonge de la part du Festival pour compenser son “empreinte directe” liée à la production de l’événement (préparation et montage, moyens techniques, produits dérivés).

L’environnement au cœur de l’édition 2021

La mesure s’inscrit dans une démarche globale du Festival qui a placé l’écologie au cœur de ses préoccupations cette année en annonçant une batterie de mesures. Parmi lesquelles, la suppression des bouteilles en plastique durant la quinzaine (20.000 bouteilles au total), le remplacement des voitures diesels par une majorité de voitures électriques et -plus symbolique- le tapis rouge est désormais remplacé deux fois moins que par le passé. Un effort qui permet de réduire de près d’une tonne la quantité de textile utilisée au cours de l’événement. Il sera d’ailleurs réutilisé par une association marseillaise ,“la réserve des arts”, pour en faire des éléments décoratifs pour des pièces de théâtre.

Mais la mesure la plus importante concerne la compétition officielle avec la création d’une sélection éphémère de films dédiés à l’engagement climatique et écologique. Parmi les films en compétition “Marcher sur l’eau” d’Aïssa Maïga, “Bigger Than Us” réalisé par Flore Vasseur et produit par Marion Cotillard et “Animal” de Cyril Dion. Celui qui a connu un grand succès avec son documentaire “Demain” co-réalisé avec Mélanie Laurent en 2015 présente un documentaire sur l’effondrement de la biodiversité, incarné par deux jeunes ados.

“Il va falloir s’y habituer”

Le réalisateur et militant écologiste qui a œuvré pour la convention citoyenne pour le climat loue les efforts du Festival pour le climat. “Payer 20€ en plus de son accréditation, ce n’est pas grand-chose, explique-t-il au HuffPost. “Je pense que les gens vont dépenser plus au restaurant à Cannes que ces 20€ qui vont servir à planter des arbres. C’est indispensable et il faudra sans doute payer encore plus dans le futur. C’est quelque chose à laquelle il va falloir s’habituer et c’est un effort collectif qui est encore minime.” 

Celui qui a signé le 11 juillet la tribune “Le cinéma pour le climat” dans les colonnes du Monde se dit favorable à une dégressivité de cette taxe en fonction du mode de transport utilisé.

Une mesure qui pourrait qui serait plus juste pour les locaux qui payent cette année la même somme que les autres festivaliers. “C’est une logistique supplémentaire pour le Festival, mais cela pourrait être une incitation. Si on sait que quand on vient en avion on va payer plus cher son accréditation que si on vient en train, ça va pousser les gens à faire des efforts.”

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