Bouquet final, grimpeur-rouleur et plaisir, jour de contre-la-montre décisif pour le Tour de France

0 13


Covid-19 oblige, on a bien cru ne pas avoir de Tour de France en 2020. Et puis, avec deux mois de retard, et une bulle sanitaire plus tard, voilà les coureurs de la Grande Boucle embarqués pour 21 étapes et 3 484 km sur les routes de France. Petit aperçu de la journée à venir

  • Au menu du jour, étape 20 : Lure – La Planche des Belles Filles, 36,2 km

Dans leur souci de pimenter un peu cette 107édition, les organisateurs du Tour de France ont placé un contre-la-montre à la veille de l’arrivée. Pas n’importe où. Pas avec n’importe quel profil non plus. C’est en Haute-Saône qu’ils ont choisi de tracer le parcours de la seule étape où les coureurs affronteront individuellement le chronomètre, entre Lure et La Planche des Belles Filles. Ce qui veut dire que les 36,2 km au menu se finiront par une rude montée. Très rude même : 5,9 km à 8,5 % de moyenne, mais avec des passages à plus de 2O %.

Le Tour est désormais familier de cet endroit : il y a installé quatre arrivées d’étape en ligne ces dernières années (2012, 2014, 2017, 2019). Un coureur connaît aussi très bien les routes entre Lure et la Planche : Thibaut Pinot. En traçant leur parcours, les organisateurs avaient d’ailleurs voulu lui faire un clin d’œil : Lure est la ville natale du coureur et le contre-la-montre passe par Melisey dont le maire est Régis Pinot, le père de Thibaut. La fête sur place ne sera cependant pas totale : depuis deux semaines, Thibaut Pinot a renoncé à toute ambition sur ce Tour. Le podium final du Tour se jouera sur ses terres, mais sans lui.

Son frère, Pedro Leon, a été une promesse (vite déçue) du football espagnol, lui a remporté 44 victoires dans sa carrière dont quatre étapes sur le Tour. Luis Leon Sanchez avait alors une tactique imparable : suivre Sandy Casar dès que le Français mettait le nez à la fenêtre.

Mais depuis la retraite du baroudeur de la FDJ en 2014, l’Espagnol de 36 ans n’a plus levé les bras sur le Tour, perdu et inconsolable tel Laurel sans Hardy. Mais, à défaut d’arriver à ses fins sur une étape en ligne, le coureur d’Astana peut faire parler ses qualités de rouleur.

Après tout, il a été quatre fois champion d’Espagne du contre-la-montre, grimpe plus que correctement et s’est ménagé lors des dernières étapes. Et puis, Luis Leon serait tellement heureux de partager son succès avec Sandy Casar, présent sur ce Tour comme conducteur d’une voiture d’un des sponsors de la course.

  • Le vainqueur de la raison

En 2019, le Tour de Wout Van Aert s’était douloureusement terminé dans les barrières lors du contre-la-montre de Pau. Après quelques mois de convalescence, le Belge est revenu encore plus fort. Vainqueur des Strade Bianche et de Milan-San Remo, début août, le triple champion du monde de cyclo-cross étonne certains (et dérange d’autres) sur ce Tour où il est aussi bien capable de remporter des étapes au sprint qu’avaler des cols à la tête du train de la Jumbo-Visma.

Alors avant de peut-être damer le pion aux Bennett, Sagan et Ewan dimanche sur les Champs-Elysées, le garçon va associer ses nouvelles qualités de grimpeur à celles de rouleur, déjà connues depuis son passage des sous-bois à la route. Récent champion de Belgique du chrono, Van Aert a prouvé en 2019 sur le Critérium du Dauphiné qu’il était capable de dominer les rouleurs-grimpeurs sur ce type de parcours.

Mieux vaut être seul que mal accompagné. Voilà le credo que Rémi Cavagna a dû se répéter vendredi au cours de sa longue virée en tête de la course. « Je suis sorti puis on m’a dit d’attendre un coureur derrière moi, mais j’étais mieux tout seul », a commenté « le TGV de Clermont-Ferrand » (et de la Deceuninck-Quick Step), qui s’est offert un joli numéro solitaire, histoire de conclure en beauté son premier Tour de France, où il n’avait été convié qu’à la dernière minute.

« J’avais pas prévu de m’échapper, mais c’était vraiment une des dernières opportunités pour l’échappée d’arriver au bout, et il me restait un peu d’énergie. Je savais que tout le monde était fatigué, donc j’ai un peu tout mis au début. » Et quand le Français met en marche, difficile de le suivre. « Le vent dans le dos m’a motivé, je tournais à 75-80 km/h sur le plat à certains moments avant qu’il finisse par tourner », a souri le néophyte. A qui les candidats au maillot vert n’ont jamais lâché complètement la bride, pour éviter qu’il ne s’échappe pour de bon.

Quand tu n’as pas compris que le contre la montre individuel, ce n’est pas aujourd’hui.


Quand tu n’as pas compris que le contre la montre individuel, ce n’est pas aujourd’hui. ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

« J’ai passé une bonne journée, je n’ai pas gagné, mais bon », a conclu le coureur, qui a terminé l’étape doucement, après s’être fait rattraper. Car samedi, le « TGV » se verrait bien réaliser un petit numéro dans le contre-la-montre, son exercice de prédilection. Il l’a encore montré vendredi, courir seul ne lui fait pas peur.

« Ça va être le seul moment de plaisir de ce Tour de France. » Depuis la première étape, et sa chute à trois kilomètres de l’arrivée sur le bitume glissant de la Promenade des Anglais, Thibaut Pinot navigue de Charybde en Scylla. « J’ai vraiment hâte que ça se termine, a soufflé le Français vendredi. Physiquement, c’était mon Tour de France plus dur. Tous les jours, je me suis battu pour finir les étapes, j’étais dans la souffrance depuis le départ… »

Ayant assisté de très loin à la lutte pour le maillot jaune, depuis sa défaillance dans le col de Peyresoudre, le leader de la formation Groupama-FDJ se prépare à un petit moment de répit, samedi. Dans ce qui, dans une réalité parallèle, aurait pu être la dernière marche d’un aller simple pour la gloire, le contre-la-montre individuel dessiné par le Tour traverse son village, Melisey, avant d’escalader la Planche des Belles-Filles. « Cela va être un grand moment, mais bon, je vais avoir du mal à m’en rendre compte, de prendre conscience que je suis sur la plus grande course du monde, dans une étape majeure, chez moi, a assuré le Français. Pour moi, cela aurait dû être l’étape la plus importante du Tour. » Pour tous ses fans aussi.

Parce que le Tour est plus qu’une épreuve sportive pour les Français, nous vous enverrons chaque jour une carte postale gourmande. Promis, nous aurons plus de mesure qu’Obélix et atteindrons plus vite la satiété.


Au Sissebisse à Champagnole, le Jura est au rendez-vous dans l’assiette. En plat, de la pintade fermière à la sauce crémeuse au vin jaune, sans oublier la trilogie fromagère traditionnelle : comté, morbier et tomme du Jura. Suffisant à notre bonheur.

Le Tour post-confinement

Deux mois, c’est le temps qu’a duré le confinement imposé par le coronavirus dans l’Hexagone. Et puisqu’on va sillonner les routes nationales et autres départementales, nous nous proposons de raconter des histoires jaillies pendant le confinement.

Dix-neuvième arrêt, Champagnole, Champagnole deux minutes d’arrêt.


« Ça m’est vraiment tombé dessus, parce que j’ai l’habitude de beaucoup courir. » Romain Monneret est du genre sportif. Un type qui aime s’enfiler de longues distances en courant. Aussi, quand le confinement l’a enfermé dans sa maison de Champagnole (Jura), Romain a décidé de ne pas laisser cette interruption l’arrêter. « La première chose que j’ai fait, c’est de mesurer mon jardin : en faisant le tour, ça faisait 70 m. » Et dès les premiers jours de confinement, le jeune homme s’est avalé un marathon en guise de petit-déjeuner. « C’est vrai que ça faisait un peu hamster dans sa roue, à tourner autour de la maison », convient celui qui, en temps normal, n’aime rien tant que de courir en montagne sur de longues distances. Six cents tours et quelque pour effectuer la distance du marathon. Heureusement, Romain n’a pas eu à compter les tours, sa montre connectée lui a indiqué quand il avait couru la distance.

Après pareil hors d’œuvre, nombre d’entre nous auraient sagement ralenti la cadence. Pratiquant l’ultra trail, Romain Monneret a choisi de prolonger l’effort. « En tout, j’ai couru huit marathons pendant le confinement », souffle-t-il. Et après l’avoir fait tout seul dans son coin, celui qui, au civil, travaille dans le décolletage, s’est adjoint l’aide de quelques amis. « Avec un ami, on a décidé de courir pendant 24 heures, en alternant, moi autour de ma maison, lui sur un tapis de course. » 127 km plus tard, il réfléchit à un prochain défi. « C’est sûr, j’ai la bougeotte. En même temps, d’habitude, je fais ça en montagne. »

Avec Fabien Secondo, champion du monde amateur de contre-la-montre 2018, qui de son côté, n’a pas non plus ménagé ses efforts pendant le confinement, il se met à courir pour lever des fonds. Chaque « j’aime » des internautes correspond à un nombre de tours à courir (à pied ou en VTT) et s’y adjoint la possibilité de donner pour la recherche contre le Covid-19 menée par Fondation de France. Au final, plus de 500 euros ont été récoltés.

Au premier jour du déconfinement, Romain Monneret n’a pas perdu de temps. « Dès 4 heures du matin, je suis parti courir. Et pourtant il pleuvait. » De cette étrange période où il s’est vu hamster, le jeune homme retient la liberté qu’il éprouve lorsqu’il s’élance dans les montagnes du Jura et d’ailleurs. « On pense que c’est acquis, et tout à coup, ça s’en va. Résultat, mieux vaut courir tant qu’on peut, on ne sait jamais ce qui arrivera. » D’ici quelques semaines, il mettra ce principe à exécution en prenant le départ de l’ultra-trail des montagnes du Jura, « une petite traversée du massif de 180 km et 8 000 de dénivelé. » Ce coup-ci, il ne devrait pas trop avoir l’impression de tourner en rond.



Source link

This website uses cookies to improve your experience. We'll assume you're ok with this, but you can opt-out if you wish. Accept Read More