Covid-19: faut-il tester tous les Français pour stopper l’épidémie?

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Irina Prudnikova via Getty Images

La Slovaquie a proposé à ces quelque 5,5 millions d’habitants de bénéficier d’un test antigénique début novembre. 

DÉPISTAGE – “Tester, tester, tester”, préconisait déjà l’OMS (Organisation mondiale de la santé) au printemps, en pleine première vague de Covid-19. Alors que les autorités encouragent les dépistages, avec un total de 18.935.092 tests réalisés jusqu’ici d’après Santé publique France, plusieurs médecins et politiques plaident pour un dépistage massif de la population.

Il faut “réduire drastiquement le nombre des porteurs du virus en identifiant toutes les personnes asymptomatiques”, ont notamment écrit les professeurs Philippe Amouyel, Luc Dauchet et Emmanuel Hirsch dans une tribune publiée dans Le Journal du dimanche le 15 novembre dernier. Dépister 67 millions de personnes permettrait de pallier le manque de données sur l’épidémie en vue du déconfinement, a précisé Philippe Amouyel, sur France Inter le lendemain. 

Laurent Wauquiez, président LR d’Auvergne-Rhône Alpes a annoncé quant à lui vouloir organiser une campagne massive de tests gratuits pour les 8 millions d’habitants de sa région, l’une des plus touchées par le coronavirus. L’idée est séduisante, mais ne fait pas l’unanimité en France, comme l’a montré la réponse du ministre de la Santé sur BFM TV. “Ce qui est important, ce n’est pas de tester les gens, c’est d’être sûr qu’une fois testés, nous sommes capables de les mettre à l’abri pour éviter les contaminations”, a précisé Olivier Véran.

Les défenseurs du dépistage de masse ont pourtant un argument de taille à faire valoir: plusieurs États ont mené cette opération d’ampleur avec succès. La ville de Wuhan, premier épicentre de l’épidémie en Chine s’est notamment livrée à un dépistage massif de ses 11 millions d’habitants l’hiver dernier, jusqu’à éradiquer le coronavirus. HongKong a également conduit un dépistage massif début septembre avec 1,8 million de personnes testées sur les 7,5 millions d’habitants que compte l’ile. Pékin, ou Qingdao, en Chine, ont également réussi à endiguer l’épidémie en testant, sans aller jusqu’à un confinement général de la population.

Connaissez-vous la stratégie du “pooling”?

Ces régions ont opté pour la stratégie du “pooling”, qui consiste à tester non pas chaque prélèvement réalisé, mais un mélange de plusieurs d’entre eux. Lorsqu’un test est positif dans le lot, tous les prélèvements sont testés un par un pour isoler le cas positif.

En Europe, plusieurs pays se sont lancés dans des campagnes de dépistage par tests antigéniques. À l’instar de la Slovaquie, qui compte un peu plus de 5 millions d’habitants et qui a proposé début novembre à sa population de bénéficier d’un test rapide antigénique, à deux reprises, à une semaine d’intervalle. Les deux tiers de la population ont répondu à cette proposition. 

Pooling ou tests antigéniques… faudrait-il appliquer l’une de ces techniques en France pour tester les 67 millions d’habitants? Jean-François Rupprecht, chercheur au CNRS et contributeur à l’association Adioscorona, qui milite pour un dépistage massif de la population estime que la technique du “pooling” serait la plus efficace. “Si on l’appliquait en France, on pourrait réduire la circulation du virus à 5000 cas par jour, environ, comme l’a souhaité Emmanuel Macron lors de son allocution le 28 octobre dernier. La méthode a montré son efficacité dans les universités de New-York, (400 000 étudiants), qui ont réussi a réduire drastiquement la circulation du virus grâce au dépistage par pooling”, a-t-il expliqué au HuffPost.

Pourtant, le Haut conseil de Santé Publique s’y est opposé dans un avis datant de mai, avançant que “les résultats rendus faussement négatifs” seraient trop importants. Par ailleurs, Daniel Dunia, chercheur du CNRS au centre de physiopathologie de Toulouse Purpan (CPTP) a jugé auprès du HuffPost cette technique “inutile”: “On est à un taux de circulation du virus beaucoup trop élevé du virus pour que ce soit efficace. Cela voudrait dire que tous les “lots” reviendraient positifs puisque beaucoup de Français sont contaminés.”

Outre le pooling, plusieurs médecins appellent à l’utilisation des tests antigéniques pour dépister la population en France. Le prélèvement effectué dans le nez à l’aide d’un écouvillon a l’avantage d’être rapide puisque le délai de résultat est de 30 minutes. Mais là aussi, le risque des faux négatifs est élevé. D’après la Haute autorité de santé, le test est fiable à 80%. “Un test négatif va rassurer des patients qui sont en réalité, infectés et qui vont aller contaminer d’autres personnes”, nous a expliqué Franck Perez, chercheur du CNRS et directeur du laboratoire biologie cellulaire du cancer. Le pic de charge virale se situe environ à quatre jours après l’apparition des symptômes. Tous les patients contaminés testés avant ce pic pourraient donc passer entre les mailles du filet.

Un coût logistique très important 

Sans compter le coût logistique très important que nécessiterait une telle opération, comme l’explique Daniel Dunia: “Les tests antigéniques impliquent un geste médical (même s’ils sont parfois réalisés en pharmacie, ndlr). Il faudrait que quelqu’un soit formé pour réaliser le test, ce qui me semble difficilement envisageable à l’échelle nationale. Les hôpitaux sont déjà sous tension, ou pourrons nous trouver ce personnel? Et nous n’avons pas suffisamment de machines pour une opération, d’une telle ampleur, ni assez de tests”. A ce titre, l’exemple de la Slovaquie est éloquent: le pays qui souhaitait réaliser l’opération à deux reprises ne l’a fait qu’une seule fois. 

Jacqueline Marvel, immunologiste spécialiste des tests contre le Covid-19, va plus loin: pour elle, les campagnes de tests massifs n’auraient aucun intérêt dans la lutte contre le Covid-19. “Cela permettrait de ralentir l’épidémie avant qu’elle ne reparte de plus belle. Mais nous y arrivons déjà avec le confinement et les mesures sanitaires actuelles alors, quel intérêt du dépistage massif?” s’est-elle interrogée auprès du HuffPost

Ainsi, face aux limites présentées par le dépistage massif, plusieurs chercheurs préconisent au contraire de se concentrer sur les hauts lieux de contamination, ou sur des régions en particulier, comme ce que souhaite mettre en place Laurent Wauquiez en Auvergne Rhône Alpes. “C’est une très bonne idée de le faire au niveau régional, avance Daniel Dunia. Concentrer ses forces sur une région en particulier est largement plus réalisable et permettra inévitablement d’avoir une incidence au niveau national. Il faut aller chercher le virus là où il circule le plus, et surveiller les personnes à risque en réalisant des campagnes de dépistage dans les Ehpad par exemple.”

C’est d’ailleurs ce qu’a proposé le Conseil scientifique, comme l’a résumé Jean-François Delfraissy dans une entretien au Monde ce vendredi 20 novembre. il est préférable de mener une expérience sur une ou deux grandes villes françaises, pour voir ce qu’on peut en attendre”.

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