Covid-19: la “nouvelle” stratégie de test annoncée par Macron est-elle si nouvelle que ça ?

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Benoit Tessier / Reuters

Le président Emmanuel Macron a annoncé un couvre-feu, mais a également préparé la stratégie de l’après dans la lutte contre le coronavirus, via un système de dépistage modifié à la marge.

SCIENCE – Gérer l’urgence, mais aussi préparer l’après. Dans son interview ce mercredi 14 octobre, Emmanuel Macron a annoncé la mise en place dès samedi d’un couvre-feu dans les villes les plus touchées afin d’endiguer la circulation du coronavirus.

Mais le président a également évoqué succinctement l’après. Si les mesures actuelles et les nouveaux couvre-feux réussissent à stopper la progression de l’épidémie de Covid-19 dans les semaines à venir, “nous pensons que nous pourrons progressivement rouvrir, mais je reste prudent”, a-t-il précisé. En effet, on l’a bien vu, le virus peut revenir facilement si rien n’est fait pour l’endiguer. Et pour cela, un dépistage solide et efficace est nécessaire. 

“Nous allons rentrer dans une stratégie où on va pouvoir réduire drastiquement les délais” pour mieux “suivre” la circulation du virus, a déclaré le chef de l’État, lors de son interview télévisée sur TF1 et France 2. Pour “ne pas faire tout le temps des blocages et des redémarrages” a-t-il dit, il faut aussi “une montée en puissance tout le mois de novembre et en décembre”.

Afin de “changer les choses”, Emmanuel Macron a évoqué une nouvelle stratégie de tests: “tester, alerter, protéger”. Des termes qui ressemblent furieusement à la stratégie actuelle, annoncée fin avril et mise en place au déconfinement: tester, isoler, protéger. Des améliorations qui, bien que nécessaires, ne sont pas une révolution du système actuel.

Un système similaire, simplement plus rapide

Le président a évoqué plusieurs nouveautés. D’abord, la généralisation des tests antigéniques. Comme pour le classique PCR, il faut mettre un écouvillon dans le nez du cas suspect. La différence, c’est la rapidité et la simplicité d’analyse: en moins d’une demi-heure, le résultat peut être obtenu. Surtout, ce genre de test peut se faire en pharmacie, pas besoin d’aller dans un laboratoire.

Emmanuel Macron a également précisé que les tests PCR vont pouvoir être “analysés beaucoup plus vite, ensemble”. L’idée est toute simple: tester plusieurs échantillons d’un coup. Mettons que vous ayez 100 personnes à dépister. Plutôt que de faire 100 tests PCR, vous regroupez les échantillons cinq par cinq, et vous réalisez 20 tests. Si l’un des 20 tests est positif, vous retestez les 5 personnes.

L’avantage d’une telle méthode, c’est donc de s’assurer que les machines complexes et coûteuses nécessaires pour détecter le génome du coronavirus dans un échantillon peuvent suivre la charge. 

Des évolutions nécessaires, mais pas révolutionnaires: cela fait quelque temps que les scientifiques prônent ce type de mesures. Les tests antigéniques ont déjà été validés par les autorités de santé et sont d’ailleurs déjà déployés dans certaines régions et situations.

La réforme du traçage, grande absente

Le président a également évoqué des “innovations” à venir sous la forme d’autotests avec la salive, faisant certainement référence à EasyCov. Ce système de dépistage a obtenu récemment de bons résultats ces derniers jours dans le cadre d’un essai clinique français. “Nous en avons jusqu’à l’été 2021 au moins avec ce virus”, “tous les scientifiques sont clairs”, a rappelé Emmanuel Macron, en disant vouloir parvenir à “baisser le nombre de contaminations par jour de 20.000 à 3000 ou 5000”.

Emmanuel Macron n’a par contre pas évoqué la stratégie de traçage en général, qui est également le nerf de la guerre. On le sait, une personne contaminée peut en infecter d’autres quelques jours avant de ressentir des symptômes. C’est l’intérêt de tracer les contacts. Mais ces derniers mois, les scientifiques ont commencé à accumuler des preuves sur une autre caractéristique du coronavirus: les épisodes de super propagation.

Si, en théorie, une personne contaminée en infecte en moyenne 3, la réalité est bien plus complexe. C’est une minorité de cas qui provoque l’écrasante majorité des contaminations. Dit autrement, la plupart des malades ne vont contaminer personne ou presque alors que certains vont infecter parfois des dizaines de personnes d’un coup.

Face à ce constat, de plus en plus de scientifiques proposent de faire un traçage de contact “rétrospectif”.  Plusieursétudes estiment que cela est beaucoup plus efficace que le traçage de contact classique, qui demande beaucoup de ressources, surtout quand la circulation du coronavirus est importante. Le virologue allemand Christian Drosten estimait ainsi sur Twitter fin septembre que “le traçage rétrospectif était la bonne manière de faire” face à ces épisodes de super contamination.

Le 12 octobre, le professeur Antoine Flahault schématisait lui aussi sur Twitter l’intérêt de cette méthode: “Si je détecte un cas en routine, j’ai très peu de chance d’avoir affaire à un super-propagateur. En revanche, la probabilité est plus élevée pour celui qui a contaminé mon cas. Surtout s’il l’a contaminé dans un lieu clos, bondé, mal ventilé, sans distance physique. Si le suspect est positif, le jackpot n’est pas loin. Vous convoquez tout le petit monde qui a côtoyé le cas index suspecté: quarantaines strictes, tests et si positifs, isolements bien sûr. Vous avez cassé le début d’un -peut-être- megacluster”. Pour lui, “demander aux autorités sanitaires qu’elles se consacrent prioritairement au traçage rétrospectif c’est soulager leur job”.

Reste à savoir si les autorités françaises vont rajouter cette quatrième option dans le nouveau triptyque “tester, alerter, protéger”.

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