Des embryons mi-homme, mi-singe, cultivés en laboratoire

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CMB through Getty Images

Des cellules humaines ont été implanté sur un embryon de singe et cultivées pendant 19 jours

EMBRYON – De certaines expériences scientifiques naît l’espoir. D’autres, le doute et les interrogations. À quelques mois d’intervalle, une équipe de chercheurs français, un autre sino-américaine, ont donné vie en Chine à des embryons constitués de cellules de singe et de cellules humaines. Une chimère donc, qui a vécu un peu moins de 19 jours avant de s’éteindre. 

Les résultats, publiés respectivement dans la revue Stem Cell Reports, le 12 janvier et dans Cell, le 15 avril, sont prometteurs: un tel procédé pourrait permettre de régénérer nos cellules et de vaincre des maladies jusqu’ici incurables ; ils sèment aussi le doute sur le plan éthique.

Pourquoi rapprocher ainsi les deux espèces ? Les résultats de ces deux expériences sont un pas supplémentaire vers la médecine régénérative. Cette self-discipline consiste, en résumé, à faire pousser des organes humains sur d’autres animaux, à partir de cellules souches.

Guérir des maladies incurables

Les résultats de ce sort d’expérience pourraient, à terme, permettre de fournir des greffes et ainsi de soigner de nombreuses maladies incurables. Plus d’un million de personnes dans le monde auraient besoin d’une transplantation et seules 10% d’entre elles en reçoivent réellement une, selon l’OMS. 

“Les approches chimériques pourraient être vraiment très utiles pour faire progresser la recherche biomédicale, non seulement au stade le plus précoce de la vie, mais aussi au stade le plus tardif de la vie” a déclaré un des auteurs de la manipulation sino-américaine, Izpisua Belmonte, dans un communiqué du Salk Institut for Biological Studies à l’origine de cette étude.

Les scientifiques de ces deux expériences ont implanté une petite quantité de cellules souches humaines sur un embryon de singe, pour observer l’interplay entre les deux entités et mieux comprendre ce qu’il se passe lorsqu’un animal reçoit des cellules souches. L’équipe sino-américaine a cultivé pendant 19 jours plus de trois embryons chimères. 

Les députés pour, les sénateurs contre

Que disent les règles éthiques française à ce sujet? En ce second même, l’Assemblée nationale et le Sénat se déchirent sur la query, par le biais de la révision du projet de loi bioéthique. L’article 17 cristallise les divisions. Il entend encadrer les embryons chimériques. Les députés veulent autoriser le fait d’implanter des cellules humaines sur un embryon animal, les sénateurs refusent. Verdict en juin. Pour se prémunir de toute atteinte à la loi, l’expérience française, menée par Pierre Savatier de l’Inserm, a été réalisée en Chine, plus souple sur ces questions. 

En réalité, de nombreuses expériences mélangeant des éléments de différentes espèces ont déjà été réalisées par le passé. En 2019, El Pais rapportait déjà une telle manipulation impliquant des embryons de singe et d’homme, en Chine toujours. Les premiers embryons chimères, réalisés en 1969, ne concernaient pas l’Homme. 

Depuis qu’il est query de cellules humaines, le Conseil d’État a identifié trois risques majeurs, que les textes législatifs devront surveiller. Celui de faire émerger de nouvelles maladies transmises de l’animal à l’homme, le risque de représentation humaine chez l’animal et le risque d’une modification de la conscience animale. 

Les expériences françaises et sino-américaines respectent une ligne rouge de l’éthique scientifique, qui fait consensus: ne pas implanter dans un embryon humain de cellules animales. Elles ne visent pas non plus à créer un animal viable, mais seulement quelques cellules pendant quelques jours. De toute façon, faire naître une chimère, un être vivant mi-homme, mi-animal , n’est pas faisable scientifiquement. Pour l’immediate.

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