Face à la 2ème vague de covid-19, la stratégie d’austérité à l’hôpital et de contrainte sur la population est erronée

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CHRISTOPHE SIMON via Getty Images

Un médecin effectue une intubation chez un patient souffrant de Covid-19 aux urgences de l’hôpital de la Timone à Marseille, le 11 septembre 2020. (Photo CHRISTOPHE SIMON/AFP via Getty Images)

Face à l’épidémie de covid-19, et principalement lors de l’actuel rebond, le gouvernement a adopté une stratégie économique inadéquate. Expliquons-nous. Si on choisit comme variable stratégique le nombre de lits de service de réanimation occupés par des patients atteints de covid-19, si on appelle “demande” le fait de devoir hospitaliser en service de réanimation des patients atteints de covid-19, et “offre” la quantité de lits disponibles en service de réanimation, on peut dire que le gouvernement a choisi et choisit encore et toujours d’agir sur la demande plutôt que sur l’offre.

 

 

Plutôt que de profiter du répit procuré par la fin de la première vague, durant lequel il aurait pu renforcer le côté offre en prévoyant des places supplémentaires dans les services de réanimation, des hôpitaux de campagne prêts à monter, des mesures incitatives pour les soignants et aides-soignants, etc., il est resté l’arme au pied, sans remettre en cause la doxa des économies à l’hôpital (sans compter les économies de 900M€ annoncées pour le budget 2021). Le gouvernement en est maintenant réduit à agir sur la demande en restreignant à nouveau les rassemblements, en imposant un “couvre-feu” (terme éminemment malheureux!) à presque le tiers de Français, en incitant au respect d’une “bulle sociale”, etc., le tout dans la plus grande incohérence. Par exemple, on limite les rassemblements mais on a laissé ouvertes les universités. On y est souvent réduit à faire cours dans des salles bondées à cause du taux de réussite au bac principalement, mais aussi du taux de passage très élevé de 1ère à 2e année, mise en place du “distanciel” oblige (on voit des salles de TD à 45 étudiants, alors qu’elles sont prévues pour 35, les étudiants étant collés les uns aux autres, l’aération impossible, etc.), en étant souvent mal équipées en moyens numériques (dans les plus grandes universités on voit encore des problèmes de wifi défectueux). Ou encore on laisse les travailleurs s’entasser dans les transports en commun.

Au contraire, en augmentant l’offre on aurait pu atteindre un nouvel équilibre entre l’offre et la demande, sans avoir à rationner la demande. Dans la situation actuelle on répond à une demande élargie par une offre inchangée ce qui oblige à rationner la demande, alors qu’on aurait dû rechercher un nouvel équilibre non rationné dans lequel une offre étendue aurait répondu à une demande étendue. Et cela pour suivre la doxa qui prétend que l’hôpital public est inefficace (la gestion de la première vague montre que non) et coûte trop cher. Il est vrai qu’augmenter le nombre de places dans les services de réanimation prend du temps et nécessite des moyens financiers mais elle est possible. Par exemple on peut pratiquer compensations salariales, construire des hôpitaux de campagne —certains pays en ont construit des énormes—, mobiliser des médecins retraités —en les payant évidemment—, des médecins militaires et la réserve opérationnelle du Service de Santé des Armées, requérir les cliniques et hôpitaux privés, etc. Mais la restriction sur la demande est une fuite, une course sans fin qui tue l’économie et le moral de la population. Son coût économique et social sous forme de destruction des entreprises, d’endettement du pays (on a parlé de 500 milliards d’euros), de creusement des inégalités, de fracture sociale, de baisse du moral de la population, de perte de confiance, etc., est évidemment très supérieur à ce qu’aurait coûté une action sur l’offre. Il serait d’ailleurs bon (cela reste d’actualité) que le parlement conduise une analyse coûts-avantage afin de comparer le coût des mesures de restrictions de la demande par rapport au coût d’extension de l’offre.

 

 

En résumé, faute d’avoir joué sur l’extension de l’offre entre les deux vagues de l’épidémie de covid-19, on a cherché à limiter la demande. C’est durant le temps séparant les deux vagues épidémiques (quatre mois quand même) qu’il aurait fallu augmenter l’offre car l’action sur la demande tuera des pans entiers de l’économie et est de plus en plus mal acceptée, comme le montrent les récentes réactions à Marseille ou à Paris. Il s’agit d’une faute politique mais aussi de stratégie économique. Osons une comparaison. Dans de nombreux secteurs, comme la production d’électricité, on sait gérer les pointes de demande grâce à la mise préventive de moyens de production alternatifs (barrages hydroélectriques, centrales de cogénération à gaz, etc.). Ces moyens de gestion des périodes de pointe sont certes coûteux mais ils sont considérés comme indispensables, pour la bonne raison que personne ne considère comme acceptable de pratiquer des coupures de courant: le consensus politique et social est clair là-dessus. Pourquoi n’existe-il pas pour la santé?

On en conclut que la santé est considérée comme un service “interruptible”: le gouvernement s’est comporté comme s’il n’était pas nécessaire de prévoir des périodes de pointe, alors même que la seconde vague était largement prévisible si l’on en croit les experts médicaux.

 

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