Inondations en Allemagne et en Belgique: Pourquoi un si lourd bilan?

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SEBASTIEN BOZON via AFP

Des inondations à Erftstadt dans l’ouest de l’Allemagne, le 17 juillet 2021

INTEMPÉRIES – “Catastrophique”, comme ”à la guerre”, “sans précédent”: les inondations qui ont frappé l’Allemagne et une partie de l’Europe cette semaine suite à des pluies diluviennes sont d’une ampleur rarement vue, avec plus de 150 morts au total dénombrés ce samedi 17 juillet.

Comment un tel événement a-t-il pu se produire et faire autant de dégâts?

“Des masses d’air, chargées de beaucoup d’eau, ont été bloquées en altitude par des températures froides, qui les ont fait stagner pendant quatre jours sur la région”, explique à l’AFP Jean Jouzel, climatologue, ancien vice-président du GIEC, le groupe d’experts climat de l’ONU. C’est ce qui se cache derrière le terme de “goutte froide”, utilisé de nombreuses fois depuis plusieurs jours.

Résultat: des précipitations intenses, entre le 14 et le 15 juillet, qui ont atteint “100 et 150 millimètres” soit l’équivalent de deux mois de pluies, selon l’Organisation météorologique mondiale.

Si la région est coutumière des fortes pluies, celles-ci ont été “exceptionnelles, tant par la quantité d’eau déversée que par leur violence”, commente Kai Schröter, hydrologue à l’Université de Postdam.

Quel rôle pour le réchauffement climatique?

Le débat fait rage sur le sujet. Plusieurs responsables politiques européens ont clairement fait un lien entre les deux. L’extrême droite allemande par exemple réfute cette explication et crie à “l’instrumentalisation”.

Qu’en est-il? “Pour le moment, on ne peut pas dire avec certitude que cet événement est lié au dérèglement climatique”, mais de tels phénomènes extrêmes deviennent “plus fréquents et plus probables” à cause du réchauffement, estime Kai Schröter.

Une explication rappelée par le climatologue belge Jean-Pascal Van Ypersele sur le plateau de la RTBF.

La hausse de la température de la planète augmente mécaniquement l’évaporation de l’eau des océans et rivières, ce qui apporte des “masses d’eau plus importantes dans l’atmosphère”. Ce phénomène peut accroître le risque de précipitations intenses et violentes, précise le chercheur.

Plus généralement, les événement météorologiques extrêmes sont rendus plus probables par le réchauffement climatique, selon le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). “Il est clair que, depuis plusieurs rapports, le GIEC prévoit une intensification des événements extrêmes de ce type, notamment les pluies. Les scientifiques observent déjà une forte augmentation des précipitations extrêmes, ces vingt dernières années, notamment en Méditerranée”, note de son côté Jean Jouzel.

Des cours d’eau peu protégés

Des explications locales peuvent aussi être apportées. Les précipitations ont gonflé subitement de nombreuses petites rivières et affluents de fleuves, qui n’avaient pas la capacité d’encaisser un tel choc et qui n’étaient pas protégés par des berges suffisamment élevées.

“Le Rhin est habitué aux crues, le plus gros problème, ce sont les petits cours d’eau, les affluents”, a ainsi affirmé le président de la région allemande de Rhénanie du Nord-Westphalie, Armin Laschet, vendredi. Cette région a enregistré près de la moitié des décès en Allemagne.

“Les fleuves sont plus lents et larges, l’eau monte moins rapidement et on a le plus le temps de se préparer, contrairement aux petits cours d’eau”, confirme Kai Schröter.

Impréparation?

Certains médias allemands et experts mettent en cause l’impréparation des autorités qui n’auraient pas lancé d’alertes suffisamment tôt à la population. “Des prévisionnistes (…) ont émis des alertes, et pourtant les avertissements n’ont pas été pris au sérieux et les préparatifs ont été insuffisant”, estime Hannah Cloke, professeur d’hydrologie à l’université de Reading au Royaume-Uni.

En outre, un manque de sensibilisation à ces risques, en amont, de la population vivant dans les zones inondables est pointée du doigt.

“Certaines victimes ont sous-estimé le danger et n’ont pas respecté deux règles de base lors de fortes pluies. Premièrement: évitez les sous-sols où l’eau pénètre. Deuxièmement, coupez immédiatement l’électricité”, a ainsi affirmé Armin Schuster, président de la BBK, organisme public spécialisé dans les catastrophes naturelles, au quotidien Bild. Des dizaines de morts ont été retrouvés dans leurs caves.

La bétonisation des sols à revoir

Certains experts pointent du doigt l’urbanisme et la bétonisation croissante des sols de l’Ouest de l’Allemagne, très urbanisée, au coeur de la “banane bleue”, centre économique de l’Europe.

“L’urbanisation, importante dans ces régions a joué un rôle. Le bilan aurait-il été aussi lourd il y a quarante ans?”, s’interroge ainsi Jean Jouzel. L’artificialisation des terres empêche l’eau de s’infiltrer dans les sols, qui ne jouent plus un rôle d’éponge, ce qui accroît les risques d’inondations.

En France, ces questionnements sur l’impréparation et les enjeux d’urbanisme avaient déjà émergé après notamment les ravages de la tempête Alex, notamment dans la vallée de la Roya. 

Au Pays-Bas, le Premier ministre Mark Rutte n’a pas hésité de son côté à mettre en cause le changement climatique. Il a aussi expliqué le faible bilan neérlandais par les politiques mises en place dans les dernières décennies. “La première chose à faire, et heureusement nous le faisons aux Pays-Bas, c’est donner de l’espace aux rivières”, a souligné le Premier ministre. Après d’importantes inondations dans les années 1990, et notamment en 1995, lorsque 250.000 personnes et un million d’animaux ont dû être évacués, les Néerlandais, forts de leur expérience, ont refaçonné les rives des fleuves.

Plus de 2 milliards d’euros ont été investis pour élargir les berges, permettant un débordement des eaux lors de crues. Les travaux ont été achevés en 2019.

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