Joël Le Scouarnec de retour aux assises pour son procès interrompu par le Covid-19

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Benoit PEYRUCQ / AFP

Le chirurgien Joël Le Scouarnec, ici le 13 mars devant la cour d’assises de Saintes, a été placé en garde à vue à Lorient pour des viols et agressions sexuelles sur mineurs de moins de 15 ans.

JUSTICE – Le procès avait été interrompu pour cause de confinement en mars dernier. L’ex-chirurgien Joël Le Scouarnec est de retour ce lundi 30 novembre devant la Cour des assises de Saintes. 

La cour d’assises de la Charente-Maritime aura jusqu’à jeudi pour tenter de percer la face cachée du médecin, père de trois fils, arrêté en mai 2017 dans la cité thermale de Jonzac.

Trois ans après, le septuagénaire doit répondre des viols et agressions sexuelles entre 1989 et 1999 à Loches, en Indre-et-Loire sur deux nièces, aujourd’hui trentenaires, des agressions sexuelles sur une patiente de l’hôpital communal qui n’avait que quatre ans en 1993 et des faits de viol et exhibition sexuelle sur sa voisine de 6 ans, Lucie* (prénom d’emprunt), dans leur jardin mitoyen à Jonzac. C’est elle, avec ses mots d’enfant, qui l’avait dénoncé en avril 2017. 

“Il n’est pas dans une logique de déni”

“Il est temps qu’il passe aux aveux afin que les victimes puissent se reconstruire (…) il n’a plus rien à perdre”, souligne l’avocate des parents de Lucie, Francesca Satta.

“Il n’est pas dans une logique de déni (…) Il sait que depuis des années, il a eu un comportement qui a fait du mal”, assurait en mars son avocat Thibaut Kurzawa. Le chirurgien, qui reconnaît des attouchements, mais conteste toute pénétration digitale, encourt 20 ans de réclusion criminelle au terme d’un procès où planera sans doute l’ombre d’une autre affaire, d’une ampleur sans précédent. 

Plus de 300 victimes identifiées

Mis en examen en octobre dans ce second volet à Lorient, le chirurgien est désormais soupçonné de viols et agressions sexuelles sur 312 victimes, la plupart identifiées grâce à l’exploitation d’un journal de bord qu’il a tenu pendant plus de 25 ans, au fil de sa carrière dans des hôpitaux du centre et de l’ouest. Une affaire qualifiée de “hors normes” par le procureur de la République de Lorient Stéphane Kellenberger, révélée par une banale perquisition après le récit de la petite Lucie*.

 Chez lui, les gendarmes découvrent des poupées – l’une a des chaînes au pied – des photos de ses deux nièces, dans des postures sexuelles, 300.000 images pédopornographiques – “une boulimie”, concèdera le médecin. Mais ce sont des écrits – sous forme de tableaux et notes informatiques – qui font basculer l’affaire. 

Méthodiquement, le chirurgien digestif y a recensé les noms de centaines de filles et garçons, associés à des descriptions de sévices infligés dans le huis clos de leur chambre d’hôpital ou des salles de réveil. 

Cette comptabilité vertigineuse, épluchée “jusqu’à la nausée”, selon le procureur de Lorient est au coeur de la seconde enquête ouverte en 2019 pour retrouver l’ensemble de ses potentielles victimes en suivant le CV du chirurgien. Avec cet écueil que la plupart, “en état d’endormissement”, n’ont gardé aucun souvenir. 

Le Scouarnec aurait-il pu être empêché d’agir?

Qui savait quoi? Cette question qui hante les victimes fait l’objet d’une autre procédure à Lorient pour déterminer si des tiers se sont abstenus d’empêcher ses agissements.

D’après l’enquête, les penchants du médecin décrit par des experts comme un “manipulateur fasciné par la pédophilie” étaient connus dès les années 1990 de sa famille, et dans le milieu hospitalier, qui avait appris en 2006 sa condamnation un an auparavant pour consultation d’images pédophiles. 

A plusieurs reprises, le médecin a été questionné par sa femme et sa soeur, informée par ses filles, mais l’affaire était restée dans la famille, déjà marquée par d’autres soupçons d’abus sur plusieurs générations. Pour Delphine Driguez, avocate des deux nièces, ce procès est l’histoire d’un huis clos “intrafamilial”.

En mars, la sœur du chirurgien, citée comme témoin, avait confié en larmes son sentiment de culpabilité à l’égard de ses filles et de “toutes les victimes”, selon un avocat. Son frère l’avait reprise: “Tu n’es pas responsable, c’est moi”.

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