“La Mère”, célèbre film de Mikio Naruse, restauré et de retour au cinéma

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Longtemps le seul film connu en Europe du grand cinéaste japonais, “La Mère” n’a rien perdu de sa beauté.

Impossible ici de raconter toute l’histoire de Mikio Naruse, homme mystérieux et discret qu’on a longtemps pris pour ce qu’il n’était sans doute pas ; qui peut croire qu’un homme qui a réalisé 85 films en 65 ans de vie puisse avoir été un être timoré, pusillanime, comme le voulut longtemps sa réputation ? Diriger un film, une équipe n’est pas une occupation d’homme apeuré. Mais passons, et penchons-nous surtout sur La Mère, qui est ressorti au cinéma le 9 juin 2021.

Un beau Shomingeki

Longtemps, ce film fut le seul de Naruse à être visible en France. Tourné en 1952, sorti dans l’Hexagone en 1954, il laissa au spectateur l’impression que toute l’œuvre du réalisateur devait lui ressembler, ce qui est faux. Il fallut attendre les années 1980 et 1990, puis une rétrospective en 2001 à la Cinémathèque française, pour que l’on découvre l’oeuvre variée et incandescente de Naruse, désormais considéré comme le quatrième grand cinéaste nippon, avec Mizoguchi, Ozu et Kurosawa.

Pourtant, il ne faut pas mépriser La Mère, qui appartient à ce genre qui était cher aussi à Ozu (les deux cinéastes se connaissaient et s’admiraient) et qu’on appelle le Shomingeki (des films qui décrivent la vie du petit peuple japonais). Rien n’est gai dans la famille de la modeste blanchisserie que tient Masako Takahara, dans la banlieue de Tokyo, et pourtant les gens rient souvent, s’aiment, se parlent, vont au cinéma. Comme dans un vrai mélodrame, les membres de la famille vont mourir les uns après les autres, Masako va confier sa plus jeune fille à un autre couple, moins pauvre, et sa fille aînée va se marier, alors elle restera toute seule mais avec le sourire.

Point de pathos ici. Jamais. C’est la vie qui va, la faim qui tiraille les corps, la maladie qui fait son œuvre, la mort qui passe (parfois brusquement), et le temps (à moins que ce ne soit Mikio Naruse), assis au bord du chemin, regarde les personnages vivre et mourir, comme une évidence. Nulle idée non plus d’une surdignité nationale japonaise. Assez étrangement, c’est presque à la fin du Van Gogh de Pialat que l’on pense soudain : le peintre vient de mourir, mais un incident domestique vient détourner soudain l’attention des personnages de la mort d’un être humain. Et la vie continue.

La Mère (1952) de Mikio Naruse. Avec Kinuyo Tanaka, Kiyoko Kagawa, Eiji Okada, Masao Mishima, Daisuke Kato, Chieko Nakakita… De retour en salle depuis le 9 juin 2021.

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