Le Tannhäuser révolutionnaire de Tobias Kratzer

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Richard Wagner (1813-1883) : Tannhäuser (et le tournoi des chanteurs à Wartburg), grand opéra romantique en trois actes sur le livret du compositeur. Mise en scène : Tobias Kratzer. Décors et costumes : Rainer Sellmaier. Vidéo : Manuel Braun. Lumière : Reinhard Traub. Avec : Stephen Gould, ténor (Tannhäuser) ; Markus Eiche, baryton (Wolfram von Eschenbach) ; Daniel Behle, ténor (Walther von der Vogelweide) ; Kay Stiefermann, baryton (Biterolf) ; Jorge Rodríguez-Norton, ténor (Heinrich der Schreiber) ; Stephen Milling, basse (Landgraf Hermann) ; Lise Davidsen, soprano (Elisabeth) ; Elena Zhidkova, mezzo-soprano (Venus, web page) ; Katharina Konradi, soprano (un jeune pâtre) ; Cornelia Ragg, soprano (web page) ; Lucilla Graham, mezzo-soprano (web page) ; Annette Gutjahr, mezzo-soprano (web page) ; Le Gateau Chocolat et Manni Laudenbach, Oskar (rôles muets) ; Chœur du Bayreuther Festspiele (chef de chœur : Eberhard Friedrich) ; Orchestre du Festival de Bayreuth, path musicale : Valery Gergiev. 2 DVD Deutsche Grammophon. Enregistrés au Festival de Bayreuth 2019. Sous-titres en allemand, anglais, français, espagnol, chinois. Livret trilingue (anglais, allemand, français). Durée : 183’

Prix Faust pour Le Crépuscule des dieux à Karlsruhe, metteur en scène d’opéra de l’année 2018 pour le journal Die Deutsche Bühne, Tobias Kratzer n’aura pas manqué, avec ce Tannhäuser, ses débuts à Bayreuth en 2019.

La virtuosité narrative est l’atout majeur du jeune metteur en scène allemand. Toujours musicale, elle s’exerce de façon judicieuse, avec une utilisation très nice des leitmotivs, dans Tannhäuser, l’opéra de Wagner le moins monté à Bayreuth (9 productions à ce jour), néanmoins le plus emblématique de la jeunesse révolutionnaire du compositeur.

De gracieux plans aériens au-dessus de la Thuringe plantent le décor de la Wartburg d’aujourd’hui : Venus au volant de son Tube Citroën « on the street » en compagnie de deux passagers clandestins (Le Gâteau Chocolat en drag queen, Manni Laudenbach en nain Oskar) et de Tannhäuser en clown emblématique d’une célèbre enseigne de quick meals. Tous les ingrédients d’un scandale historique. Tout va pourtant de soi dans cet Acte I triplement ambitieux dans sa volonté d’entremêler l’essence du livret originel, les coulisses relationnelles des interprètes, et même, suprême astuce, celles du Festival. Un tacle confraternel à la précédente manufacturing de Tannhäuser, un Pâtre en Blaue Mädchen du Festspielhaus, des pèlerins en « tenue de soirée » gravissant une certaine Colline verte. Avec humour et révérence, Kratzer have a tendency à ses spectateurs un miroir dans lequel il sait, qu’hypnotisés par leur propre picture, il les emprisonnera plus sûrement. Il leur offrira même le scandale dont ils sont si friands. Mais pas avant l’Acte III.

Le II est un sommet. Esthétique : l’picture, divisée (comme Tannhäuser), montre le parasitage par notre temps (vidéo), du passé révolu mis en scène en ce même lieu : colonnades, lustres, amples costumes, Elisabeth ayant troqué son peignoir du I pour la gown de Régine Crespin… Dramatique : intense puissance émotionnelle du finale consacré aux tentatives des héros de s’arracher du très signifiant rectangle lumineux qui cadre, à tous les sens du terme, le petit monde de la Wartburg. Et… comique : 2019 restera certainement dans les annales du pageant comme celle on l’on aura ri aux éclats à Bayreuth, de la savoureuse invite faite aux cooks qui ont précédé Gergiev dans l’abîme mystique, à l’hilarante auto-parodie de Katharina Wagner soi-même, sommée de mettre fin au « désordre ».

Rieur mais pas que, Kratzer ne perd jamais de vue le fil d’un propos qui fut celui de Wagner : le Frei im Wollen, Frei im thun, Frei im Geniessen (Libre de penser, Libre d’agir, Libre de jouir) brandi ici par Vénus. L’event d’un scandale de 50 minutes avec un Acte III désespéré, hué par ceux-là mêmes qui hurlaient d’enthousiasme. Casse auto, pèlerins SDF, vulgarité publicitaire, chair triste : il fallait cet arsenal désespérant pour dire la fin des idéaux. Cette métaphore de notre temps tente l’ultime baroud fantasmé d’une fin heureuse, au soleil couchant, dans l’insondable mélancolie des teintes délavées d’un movie en tremendous huit.

On ne voit pas ce qu’on a pu reprocher à Valery Gergiev tant sa path de la model originale s’accorde à la profondeur distanciée de ce spectacle tonifiant : discursive, avec plus d’un accent bien venu, « sur la route » elle aussi. Le chœur est glorieux et joueur. La distribution restera dans l’histoire : le « pâtre » lumineux de Katharina Konradi, de merveilleux candidats au beau chant (Daniel Behle, Kay Stiefermann…), un Wolfram profondément humain (Markus Eiche), un Langrave (Stephen Milling) de haute lignée, Elena Zhidkova, impayable Vénus militante à la ligne claire, Stephen Gould, Tannhäuser sûr et idéalement mélancolique. Lise Davidsen enfin, chanteuse sans effort, actrice touchante, juvénile.

Accordons aux festivaliers quelques années supplémentaires nécessaires à la digestion de l’uppercut décoché par ce Tannhäuser révolutionnaire (rappelons que la Police a dû séparer deux spectateurs passés des invectives aux mains dans l’enceinte même du Festspielhaus) dans le sillage du coup d’éclat de Götz Friedrich en 1972. Dans l’expectative, ce DVD au filmage habile (malgré un cahier des expenses de sort mission inconceivable) fera aisément workplace de sésame d’embarquement immédiat pour un voyage inoubliable.

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Richard Wagner (1813-1883) : Tannhäuser (et le tournoi des chanteurs à Wartburg), grand opéra romantique en trois actes sur le livret du compositeur. Mise en scène : Tobias Kratzer. Décors et costumes : Rainer Sellmaier. Vidéo : Manuel Braun. Lumière : Reinhard Traub. Avec : Stephen Gould, ténor (Tannhäuser) ; Markus Eiche, baryton (Wolfram von Eschenbach) ; Daniel Behle, ténor (Walther von der Vogelweide) ; Kay Stiefermann, baryton (Biterolf) ; Jorge Rodríguez-Norton, ténor (Heinrich der Schreiber) ; Stephen Milling, basse (Landgraf Hermann) ; Lise Davidsen, soprano (Elisabeth) ; Elena Zhidkova, mezzo-soprano (Venus, web page) ; Katharina Konradi, soprano (un jeune pâtre) ; Cornelia Ragg, soprano (web page) ; Lucilla Graham, mezzo-soprano (web page) ; Annette Gutjahr, mezzo-soprano (web page) ; Le Gateau Chocolat et Manni Laudenbach, Oskar (rôles muets) ; Chœur du Bayreuther Festspiele (chef de chœur : Eberhard Friedrich) ; Orchestre du Festival de Bayreuth, path musicale : Valery Gergiev. 2 DVD Deutsche Grammophon. Enregistrés au Festival de Bayreuth 2019. Sous-titres en allemand, anglais, français, espagnol, chinois. Livret trilingue (anglais, allemand, français). Durée : 183’

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