Les comportements séparatistes qui infiltrent la République seront-ils stoppés par la loi?

0 5


AFP

Des musulmans prient à la mosquée de Fréjus, le 22 janvier 2016, après sa réouverture provisoire par la préfecture. (Photo BORIS HORVAT / AFP)

Le vendredi 2 octobre, aux Mureaux dans les Yvelines, le Président Emmanuel Macron a présenté le projet de loi sur les séparatismes. Le terme est au pluriel, ce qui signifierait que les mesures entendraient viser tout socle idéologique revêtant une posture incompatible avec le vivre-ensemble et les principes pluralistes républicains et démocratiques. Pourtant, et certainement parce qu’elle est la plus visible “sur le marché” pour reprendre les termes de l’ancien juge anti-terroriste Marc Trévidic, c’est l’idéologie produisant le séparatisme islamiste qui est explicitement incriminé. En coulisse, c’est à concurrence de discours que nous assistons, lutte qui s’articule d’ailleurs autour de la correction d’une erreur qui ne dit pas son nom: celle commise tant par la catégorie médiatique que par certaines tendances des sciences humaines qui consistait à distinguer, voire à opposer le salafisme “quiétiste” ou “piétiste” au salafisme djihadiste, en écartant d’ailleurs totalement d’autres tendances islamistes du débat, comme celle des Frères Musulmans. 

Rien ne dit que la loi verra le jour sous les traits qui nous ont été présentés, ni même si elle verra le jour tout court. Entre les méandres des débats parlementaires et donc la perspective d’amendements, et la potentielle saisine du Conseil constitutionnel pour juger de la conformité de certaines dispositions dont un groupe parlementaire récalcitrant pourrait estimer qu’elles vont à l’encontre de libertés (culte, association, etc.), rien ne permet de dire avec certitude que ce projet  aboutira à la promulgation d’une loi. La vie parlementaire française regorge en effet de projets ou de propositions qui, une fois promulgués, ont été partiellement dépouillés de leur substance.

 

Rien ne dit que la loi verra le jour sous les traits qui nous ont été présentés, ni même si elle verra le jour tout court.

 

Toujours est-il que, en l’état, le projet vise l’islamisme radical qui “affirme que ses lois propres sont supérieures à celles de la République” et qui en toute cohérence peut trouver des extensions violentes. Au-delà des mesures concrètes qui seront appliquées dans les services publics notamment les écoles, les associations et les cultes, la finalité semble donc triple: rappeler la base constituant la laïcité à la française, à savoir que “la loi protège la foi aussi longtemps que la foi ne prétend pas dicter la loi”, pour reprendre la formule d’Aristide Briand, lutter contre la diffusion des idéologies prônant le discrédit des lois au profit d’un absolu, et, à terme, même si cela n’a pas d’impact direct, contenir les faits de violence inhérents à l’adoption de ces postures séparatistes. La loi vise la question du vivre-ensemble et non directement celle des radicalisations, s’il faut employer ce terme polémique. Elle n’aura en effet pas d’impact immédiat sur une population déjà campée sur des positions séparatistes, elle pourrait même venir les ancrer plus encore dans leur posture, mais le contrôle de la diffusion idéologique à laquelle cette loi aspire pourrait éventuellement venir réduire le nombre d’endoctrinements à naître. 

Mais de qui parle-t-on en définitive? A priori et de façon directe de ceux, parmi les islamistes, comme les salafistes, qui s’abstraient de la sphère publique et citoyenne pour des raisons qu’on a trop longtemps jugées “apolitiques”. Rappelons-le, le salafisme est une idéologie moderne ayant pour fondement la volonté de vivre sur le modèle des compagnons du prophète, de la génération suivante et de celle qui l’a côtoyée. Cela implique tant la référence aux mœurs et en leur cœur, la mixité, incarnation du Diable, que la référence au modèle politique sur une communauté islamique idéale aspirant à l’extension territoriale de l’empire islamique d’antan. Ainsi, concrètement et sans distinction entre “quiétisme” et “guerrier” parce que sur ces aspirations-là, il n’y en a pas, la première caractéristique visible consiste en une rupture sociale. Évidemment, nous ne nous attardons pas ici sur le cas du djihadiste ayant pris la décision de commettre une action violente et qui recourt à la taqiyya, la dissimulation, pour ne pas s’attirer les soupçons de son entourage, ou sur celui qui se lance dans une attaque “islamistement louable” relativement rapidement après une vie qu’il juge débauchée et dont il entend se laver, sa “djahiliyya”, son passé de mécréance pour n’en donner qu’une définition idéologique ici, mais nous parlons de ceux qui se retranchent de la société française. Pour ceux-là, il faut rompre avec tout ce qui ne coïncide pas avec l’idéal des pieux ancêtres de l’islam, à savoir à peu près tout: éducation non salafiste, société de consommation, mixité, pluralisme, reconnaissance des lois et de l’autorité nationale. C’est certainement pour cette raison que nombre de chercheurs et d’analystes ont pu penser que le salafiste en rupture était quiétiste puisque supposément “apolitique”. S’il ne reconnaît pas le système démocratique et ne vote pas, doit-il être considéré comme étranger au politique? Faux. La rupture est une position politique structurelle, et le salafisme reclus est substantiellement politique. En d’autres termes, rompre avec la sphère publique et la politique au profit d’une sphère privée jalousement préservée ne saurait en aucun cas constituer un paisible apolitisme. 

 

“La loi protège la foi aussi longtemps que la foi ne prétend pas dicter la loi” selon la formule d’Aristide Briand.

 

C’est ici, justement, qu’il faut voir la lutte des discours, parce qu’entre le citoyen acquis aux causes républicaines, et le salafiste en rupture, il y a des nuances posturales, et c’est dans ces nuances que se tisse la concurrence des discours pour la quête de la prédominance. Un discours dominant, c’est un discours qui peut être tenu sans se soucier de l’auditoire, des tendances de son destinataire, des sensibilités d’une assistance. Tout ce qui sort de ce discours dominant constitue un discours minoritaire, celui qui est complexé, celui qui se tient quand on sait que son interlocuteur souscrit à la même tendance minoritaire que soi, ou qu’on tient, au contraire, pour choquer. Se prononcer pour une égalité entre hommes et femmes, par exemple, ne nécessite pas de s’assurer de la posture de son interlocuteur, parce qu’il s’agit d’un élément de discours dominant. Or, on le sait, dans certains établissements scolaires, ce ne sont pas uniquement des problèmes en cours d’histoire qu’on rencontre, c’est à la redéfinition de discours dominants incompatibles avec les valeurs nationales qu’on assiste. Les tendances se renversent. Les professeurs n’osent plus reprendre un élève jugeant que l’homosexualité devrait être punie parce que tel est devenu le discours dominant dans l’établissement. Dans certaines associations, l’antisémitisme est décomplexé, la non-mixité une norme, c’est avant tout pour endiguer la prédominance rampante de ce type de discours qui vient complexer celui des valeurs républicaines que le texte sur les séparatismes est justement proposé.

 

À voir également sur Le HuffPost: Parler ou pas arabe en France ? Nabil Wakim raconte la “triple honte” des enfants d’immigrés



Source link

This website uses cookies to improve your experience. We'll assume you're ok with this, but you can opt-out if you wish. Accept Read More