Les masques DIM pour profs sont-ils vraiment toxiques?

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DENIS CHARLET / AFP

Le site d’information Reporterre affirme que les masques fournis aux enseignants sont “susceptibles de nuire à la fertilité et entraînent des effets néfastes à long-terme”.

MASQUES – “Susceptibles de nuire à la fertilité”, “considérés comme toxique pour la santé humaine”, “entraînant des effets néfastes à long-terme”… La liste des accusations visant le lot de cinq masques distribués par l’Éducation nationale à tous les enseignants à la rentrée scolaire est longue. C’est le site d’information Reporterre qui a affirmé mardi 13 octobre que l’État avait fourni aux enseignants des masques traités à la zéolite d’argent, “un biocide considéré comme toxique pour la santé humaine et l’environnement”, selon eux. 

Lorsqu’Emmanuel Macron portait un des masques en tissu fourni par l’entreprise de lingerie Dim le 8 septembre dernier à l’occasion d’une prise de parole devant les étudiants d’un lycée professionnel de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), il aurait “failli s’étouffer”, d’après Reporterre. 

Sans surprise, ces accusations ont provoqué une pluie de réactions chez les enseignants. Sur les réseaux sociaux, certains professeurs ont menacé de renvoyer les masques à l’Élysée. Le syndicat des enseignants du second degré SNES-FSU a, lui, demandé une expertise indépendante sur les masques concernés dans un communiqué, tandis le collectif d’enseignant les Stylos rouges a annoncé sur Twitter qu’il porterait plainte.

Sur RTL, le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer a même été interrogé à ce sujet. “C’est une information surprenante qui mérite vérification”, a t-il répondu. “Si c’est vrai, ça peut être assez grave”, a réagi de son côté Gabriel Attal. “Mais je n’imagine pas qu’on puisse avoir distribué des masques sans avoir garanti qu’ils soient certifiés et homologués”.

Car, outre les plaintes sur le nombre insuffisant de masques distribués (au nombre de cinq par enseignant lors de la rentrée scolaire), ou la question de leur efficacité, c’est la présence de la zéolite d’argent, un biocide utilisé pour tuer les bactéries, qui attire les critiques. Comme on peut le voir sur la photo des emballages des masques dévoilée par Reporterre, les tissus ont bien été traités au zéolite d’argent et de cuivre pour tuer les bactéries. Mais la question est de savoir si ce biocide est vraiment dangereuse pour la santé humaine. 

La toxicité dépend de la quantité de zéolite

“Rien ne permet, à ce stade de l’affirmer”, nuance Jerôme Langrand, médecin toxicologue à l’hôpital Lariboisière au HuffPost. “Il nous faut davantage de précisions sur le type de zéolites dont il s’agit ici, ainsi que sur le type d’argent qui aurait été utilisé”. Selon lui, le cristal de zéolite est particulièrement dangereux pour la santé humaine s’il est sous forme de nanoparticules.

Les nanoparticules s’infiltrent dans les poumons et peuvent provoquer des inflammations, comme le montre une étude publiée en mai dernier par l’Agence nationale de sécurité sanitaire alimentaire nationale (Anses). “Mais sous cette forme, les cristaux coûtent très cher”, explique le spécialiste. “Cela m’étonnerait qu’il soit utilisé pour les masques”. À l’inverse, si les cristaux sont plus gros, ils ne présenteraient pas de risques pour la santé humaine”, conclut-il. 

Une prudence partagée par Fabrizio Pariselli, toxicologue du CNRS et de directeur de l’unité Prévention du risque chimique. Selon lui, il est nécessaire de distinguer dangerosité et risque. “Il faut se méfier des raccourcis. Ce n’est pas parce qu’un produit est dangereux qu’il présente un risque pour la santé!”, alerte-t-il. “La zéolite d’argent est présente dans la lessive, ou dans la litière de chats. Il ne faut pas oublier qu’il y a des produits dangereux partout autour de nous, et cela ne permet pas d’affirmer qu’ils sont toxiques”. 

Le risque dépend de l’exposition, et de la quantité absorbée par l’organisme. Lorsqu’il est présent en quantité “très importante” et qu’il est en contact prolongé avec la peau, la zéolite peut être “très dangereux, voire toxique”, reconnaît le spécialiste.

“Ce sont les ions métalliques actifs d’argent, insérés dans les particules de zéolites, qui peuvent être toxiques. À haute dose, ils peuvent pénétrer le système sanguin et être neurotoxiques. Ils peuvent également mener à une perte de poids, affaiblir le système immunitaire, être corrosifs pour les yeux…” énumère-t-il.

Les huit heures d’inhalation quotidienne du masque en tissu ne suffisent toutefois pas à conclure à une toxicité, contrairement à ce qu’affirme Reporterre. “Il faut un rapport très prolongé et de très hautes doses”, décrypte Fabrizio Pariselli. 

Autorisé par la réglementation européenne 

“L’impact sur la fertilité”, évoqué par le site d’information, est également à prendre avec des pincettes. “À haute dose, la zéolite d’argent peut avoir des effets sur la reproduction, et notamment sur le développement du fœtus, mais certainement pas sur la fertilité”, s’étonne le toxicologue.

Dans le rapport de l’Agence européenne des produits chimiques sur les biocides datant d’octobre 2018, il est bien question de “reproduction” et non de fertilité. Sans compter que pour l’instant, cela n’a été prouvé que sur les animaux. Cela ne veut pas dire que ce n’est pas possible qu’il y ait un impact sur l’homme. Mais cela ne veut pas non plus dire que cet impact a été démontré. 

L’utilisation des zéolites d’argent dans les masques est d’ailleurs autorisée par la réglementation européenne. Il s’agit d’une “zone grise”, puisqu’elle n’est pas interdite et en cours d’évaluation, contrairement à ce qu’affirme le syndicat des enseignants du second degré SNES-FSU dans son communiqué.

“La zéolite d’argent et de cuivre n’est pas approuvée en tant que substance active existante destinée à être utilisée dans les produits biocides des types de produits 2 et 7”, écrivaient-ils, citant une décision de la Commission européenne de 2019. 

En réalité, les masques ne font pas partie des produits 2 et 7 mentionnés dans le communiqué, mais du type 9, encore autorisé. “Selon l’étiquette des masques DIM présentée dans l’article de Reporterre, les tissus sont traités avec des zéolites d’argent et des zeolites d’argent et cuivre. Ces deux mêmes substances actives sont encore en cours d‘évaluation au niveau européen pour les produits biocides de type 9, c’est-à-dire pour la conservation des fibres. Les substances actives sont encore en cours d’évaluation au niveau européen pour les produits biocides de type 9”, nous confirme l’Anses. “Pour ces usages-là, elles peuvent donc être utilisées.”

C’est également l’argument mis en avant par l’entreprise DIM, interrogée par le HuffPost:Ces masques ont reçu un traitement pour textiles qui contient de la zéolite d’argent et de cuivre afin d’optimiser leurs conditions d’utilisation, et dont l’usage est autorisé par la réglementation européenne”, s’est défendue l’entreprise par écrit. 

L’absence de réglementation au sujet de la zéolite d’argent dans les masques ne signifie toutefois pas que le risque est inexistant. C’est d’ailleurs bien ce que nous a expliqué l’Anses: “Il revient au metteur sur le marché de démontrer l’absence d’effet nocif pour l’utilisateur. Et le toxicologue Fabrizio Pariselli d’ajouter: “Il pourrait très bien être interdit lorsque la Commission européenne tranchera”. 

Pour l’heure, on ne connaît ni la quantité exacte de la zéolite utilisée pour les masques, ni le type d’argent, comme l’a rappelé le médecin toxicologue Jerôme Langrand. Seules des études sur la composition des masques en tissu distribués par l’Éducation nationale permettront de trancher sur leur toxicité. 

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