L’Euro 2021, caisse de résonance des tensions politiques européennes

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Le stade de Munich s’illumine aux couleurs de l’arc-en-ciel pour le Chrisotpher Street Day, une journée de célébration des causes LGBT+, le 9 juillet 2016 en Allemagne.Le stade de Munich s’illumine aux couleurs de l’arc-en-ciel pour le Chrisotpher Street Day, une journée de célébration des causes LGBT+, le 9 juillet 2016 en Allemagne.

Le match Allemagne-Hongrie ne s’annonçait peut-être pas comme l’affiche la plus attractive de l’Euro 2021 de football. Cette rencontre, comptant pour la troisième et dernière journée de la phase de poules, a pourtant fait parler d’elle avant même son coup d’envoi, prévu mercredi 23 juin au soir, à Munich. La veille de la rencontre, le « Rainbow Gate » (« l’affaire arc-en-ciel »), comme il a été qualifié, a livré un nouvel exemple des télescopages possibles entre football et politique.

La ville hôte souhaitait éclairer son stade aux couleurs arc-en-ciel, symbole de la défense des minorités sexuelles et de genre (LGBT+) ; une manière de protester contre le gouvernement hongrois du premier ministre ultraconservateur, Viktor Orban, et en particulier contre une loi adoptée le 15 juin, à Budapest, visant à interdire « la pornographie et les contenus qui représentent la sexualité ou promeuvent la déviation de l’identité de genre, le changement de sexe et l’homosexualité » auprès de mineurs.

Mardi, l’Union des associations européennes de football (UEFA) a refusé la demande munichoise. « Etant donné le contexte politique », l’instance organisatrice de la compétition a fait valoir le principe de neutralité.

Afin de « promouvoir la diversité et l’inclusion », elle a toutefois proposé d’iriser l’enceinte un autre jour. Soit le 28 juin, soit durant la première quinzaine de juillet. Pas à l’occasion d’un match de football, mais pour les festivités de la Marche des fiertés, organisées par le mouvement LGBT+.

Cette décision a été saluée côté hongrois. « Dieu merci, les dirigeants du football européen ont fait preuve de bon sens (…) en ne participant pas à ce qui aurait été une provocation politique envers la Hongrie », a considéré le ministre des affaires étrangères, Peter Szijjarto.

Barbancourt

le rhum des connaisseurs



Plusieurs stades en Allemagne aux couleurs de l’arc-en-ciel

Mais, outre-Rhin, nombre de responsables politiques ont condamné l’attitude de l’UEFA. « C’est dommage. (…) Cela aurait été un très bon signe de tolérance et de liberté », a réagi le conservateur Markus Söder (CSU), chef du gouvernement régional de Bavière. « Dans un tel contexte, les campagnes de l’UEFA contre le racisme et les discriminations visant les homosexuels perdent toute crédibilité », a estimé le secrétaire général de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), Paul Ziemiak.

« Chère UEFA, ce n’est pas comme si j’attendais grand-chose de vous. Mais vous êtes encore plus gênante que je ne pensais. Honte à vous », a quant à lui tweeté le secrétaire général du Parti social-démocrate (SPD), Lars Klingbeil.

Pour soutenir Munich, plusieurs stades allemands devaient prendre, mercredi, les couleurs du drapeau arc-en-ciel, notamment à Berlin, Cologne et Francfort. Les écologistes ont appelé l’ensemble des habitants à faire de même. « Pour la tolérance. Contre l’homophobie. Et pas seulement parce qu’il s’agit de football. Lançons un signal fort en faveur de la diversité et brandissons des arcs-en-ciel à travers tout le pays », a proposé la candidate des Verts à la chancellerie, Annalena Baerbock, qui pourrait succéder à Angela Merkel après les élections législatives du 26 septembre.

Seul le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) a refusé de se mêler à ce concert de condamnations. « L’arrogance avec laquelle l’Allemagne traite les autres Etats de l’Union européenne est choquante, s’est indignée sa porte-parole pour les questions de politique familiale, la députée Mariana Harder-Kühnel. Il ne nous appartient pas d’exploiter un tournoi de football pour critiquer la politique de la Hongrie. Au contraire, la Hongrie devrait être enviée pour sa défense de la famille traditionnelle en tant que noyau de la société ainsi que pour sa politique migratoire qui nous convient parfaitement. »

« Une position très difficile à tenir »

Comme l’Allemagne, la France figure parmi les treize pays de l’Union européenne à avoir signé une déclaration, le 22 juin, qui reproche les dispositions « discriminatoires » de la loi hongroise. Un stade irisé, mercredi, « aurait été un symbole très fort », a déclaré à l’Agence France-Presse, le secrétaire d’Etat aux affaires européennes, Clément Beaune, estimant qu’un tel message allait « au-delà » de la politique. Mardi, l’attaquant de l’équipe de France Antoine Griezmann a publié sur son compte Twitter une photo graphie du stade munichois arc-en-ciel.

« L’UEFA a une position très difficile à tenir, estime Carole Gomez, directrice de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), à Paris. D’un côté, elle dit vouloir que le football soit inclusif. De l’autre, elle prône l’apolitisme du sport. »

L’organisation même de cette édition 2021 de l’Euro augmente les possibilités de tensions politiques. Cas inédit, la compétition se dispute dans onze pays. Et, comme en 2016, « presque la moitié des fédérations membres de l’UEFA » y participent, rappelle Paul Dietschy, professeur d’histoire à l’université de Franche-Comté : vingt-quatre équipes sur cinquante-cinq. « Dans une logique de “soft power” [pouvoir d’influence], le football permet de communiquer avec le reste de l’Europe, de marquer sa spécificité. »

Dans un autre registre, les joueurs de l’Ukraine illustrent ce phénomène. Alors que l’UEFA a demandé le retrait de la mention – jugée politique – « Gloire aux héros » de leur précédent maillot, leur tunique fait toujours apparaître les frontières du pays incluant le territoire de la Crimée, comme le reconnaît l’ONU. Et cela en dépit des contestations de la Russie, qui a annexé ce territoire en 2014 et qui voit en ces choix vestimentaires des « provocations ».



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