« L’exil, c’est la mort politique. De sa prison, Navalny peut dire à ses partisans : “N’ayez pas peur” »

0 7


Alexeï Navalny (à droite) emmené menotté sous escorte, après une audience à Moscou, le 18 janvier.

Alexeï Navalny (à droite) emmené menotté sous escorte, après une audience à Moscou, le 18 janvier.
Alexeï Navalny (à droite) emmené menotté sous escorte, après une audience à Moscou, le 18 janvier. PAVEL GOLOVKIN / AP

Il y a une tragique similitude entre Alexeï Navalny et Maria Kolesnikova, au-delà du fait qu’ils sont tous deux en prison. Ce qui les réunit, c’est qu’ils y sont pratiquement allés de leur propre gré. A un moment donné de leur combat pour la liberté, l’un en Russie, l’autre en Biélorussie, c’est le seul choix qui leur a été laissé : l’exil ou la prison. Courageusement, ils ont choisi la deuxième. Montrer qu’ils n’ont pas peur à un pouvoir qui montre qu’il a peur d’eux.

Le 7 septembre à Minsk, Maria Kolesnikova, musicienne de 38 ans, l’une des principales figures de l’opposition au despote biélorusse Alexandre Loukachenko, a été enlevée en pleine rue et jetée dans une voiture de police banalisée. Dans la soirée, elle a été conduite, avec deux autres opposants, à la frontière ukrainienne. L’idée était d’expulser ces trois perturbateurs de leur propre pays et de les envoyer rejoindre, à Vilnius ou à Varsovie, les cohortes de contestataires biélorusses forcés d’émigrer. Lorsque le véhicule s’est arrêté au poste-frontière, Maria Kolesnikova a sauté de la voiture et a déchiré son passeport : sans papiers, son expulsion était impossible. Elle croupit, depuis, dans une prison de Minsk.

Barbancourt

le rhum des connaisseurs



Alexeï Navalny, 44 ans, a fait le même choix. Après avoir survécu à une tentative d’assassinat par empoisonnement que la plupart des gouvernements européens attribuent aux services secrets russes, il aurait pu rester en Allemagne, où il a été soigné, avec sa femme et ses deux enfants. Moscou a tout fait pour l’y inciter, multipliant les menaces qui pesaient sur lui s’il rentrait.

« Je sais que je suis dans mon droit »

Dimanche 17 janvier, il s’est littéralement jeté dans la gueule du loup. « Je n’ai pas peur, je sais que je suis dans mon droit », a-t-il dit aux journalistes dans l’avion. Son droit : rentrer chez lui. A peine arrivé, il a été arrêté. Des procédures ont été inventées pour l’envoyer en détention hors de Moscou. Le pouvoir russe ne respecte aucun droit, mais aime s’en donner les apparences – une vieille habitude.

L’exil, c’est la mort politique. Un mot d’ordre lancé depuis l’exil est inaudible. De sa prison, Navalny a appelé ses partisans à manifester le 23 janvier. Et il a pu leur dire : « N’ayez pas peur. »

Svetlana Tsikhanovskaïa, 38 ans, a été l’une des premières à condamner, sur Twitter, l’arrestation de Navalny à son retour. Elle-même candidate à l’élection présidentielle en Biélorussie à la place de son mari, elle a accepté le chantage à l’exil, car son mari étant en prison, leurs deux jeunes enfants se seraient retrouvés seuls. Depuis la Lituanie, elle mène, activement, la campagne pour le soutien extérieur de l’opposition biélorusse, sur laquelle s’abat une répression féroce.

Il vous reste 54.16% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Source link

This website uses cookies to improve your experience. We'll assume you're ok with this, but you can opt-out if you wish. Accept Read More