LREM et ses nuances d'”islamo-gauchisme”, entre “ressenti” et “fait politique”

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LUDOVIC MARIN/AFP through Getty Images

Frédérique Vidal et Jean-Michel Blanquer à la sortie de l’Elysée en février 2018 (picture d’archives)

POLITIQUE – Qu’est-ce que l’islamo-gauchisme? Si pour le Centre nationwide de la recherche scientifique (CNRS), cette expression reprise par Jean-Michel Blanquer et Frédérique Vidal n’a “aucune réalité scientifique”, certains ténors de la majorité s’échinent à en donner leur définition. Pour le dernier en date, Stanislas Guérini, le patron de La République en marche (LREM), il s’agit d’un “fait politique.”

Pour lui, cette notion est attestée par une “convergence des idées” entre une partie de l’extrême gauche et l’islam politique. “C’est un fait politique. (…) Je ne sais pas si cela a une réalité scientifique mais de façon indubitable, on voit aujourd’hui qu’une partie de la gauche, plus précisément de l’extrême gauche, mélange sa voix et fait converger ses idées avec l’islam politique”, a ainsi estimé, ce dimanche 21 février, le délégué général du parti présidentiel sur Europe 1, Les Échos et CNEWS.

Et Stanislas Guérini de citer en exemple la participation de Jean-Luc Mélenchon à la marche contre l’islamophobie en novembre 2019. Pour lui, cette présence, revendiquée par les Insoumis est “la preuve indiscutable qu’il y a une convergence politique de ces deux thèses-là, et qu’ils essaient de faire leur lit dans une vision sécessionniste de la société française.”

“Un fait social indubitable” pour Jean-Michel Blanquer

C’est également ce qu’expliquait Jean-Michel Blanquer, la veille, avec le même exemple mais en utilisant des mots différents. Pour le ministre de l’Éducation nationale, qui avait déjà creusé le sillon polémique de la lutte contre l’islamo-gauchisme en marge de l’assassinat du professeur d’histoire Samuel Paty, ce phénomène est un “fait social indubitable.”

“Ce serait absurde de ne pas vouloir étudier un fait social. Si c’est une illusion, il faut étudier l’illusion et regarder si cela en est une. Pour ma part je le vois comme un fait social indubitable”, expliquait le ministre de l’Éducation nationale sur BFMTV, estimant que “certains essayent toujours de minimiser ce projet politique”.

“C’est un phénomène qu’il faut regarder en face”, ajoutait-il, citant pêle-mêle les exemples d’ateliers “non mixtes” organisés par le syndicat Sud Éducation 93 en 2017, l’interruption “par des activistes” d’une représentation du poète vintage Eschyle à la Sorbonne ou la présence de Jean-Luc Mélenchon à la marche contre l’islamophobie “où il y avait des islamistes radicaux”, selon ses mots. Pour le ministre, il s’agit d’un terme “très global”, “qui n’a pas forcément un contenu scientifique” mais qui “décrit une réalité politique.”

Qu’en pense la ministre de l’Enseignement supérieur, à l’origine du retour de cette expression dans le débat public? Après avoir demandé au CNRS une étude sur “l’islamo-gauchisme” à l’université, au risque de s’attirer les foudres du monde universitaire –et d’une partie de la majorité– Frédérique Vidal persiste et signe ce dimanche dans Le JDDtout en certifiant qu’il ne s’agit pas de la priorité du gouvernement.

Un “ressenti”, pour Frédérique Vidal

“Bien sûr, l’islamo-gauchisme n’a pas de définition scientifique”, explique-t-elle d’abord, en réaction au “recadrage” du CNRS. “Mais il correspond à un ressenti de nos concitoyens, d’abord, et à un certain nombre de faits, aussi: l’empêchement, dans certains établissements, d’une représentation des Suppliantes d’Eschyle ou de la lecture d’un texte de Charb, des enseignants qui ne se sentent pas libres d’enseigner comme ils le souhaitent”, ajoute la ministre, empêtrée dans la polémique depuis une semaine. 

Récusant vouloir mettre en place une “police de la pensée”, Frédérique Vidal guarantee au contraire vouloir “déconstruire l’idée qu’il y aurait une pensée unique sur certains sujets” et prône ” une approche rationnelle et scientifique” de ce débat. “Il faut quantifier les choses, sortir du ressenti et du présupposé”, avance-t-elle encore.

De quoi calmer la colère des oppositions de gauche et du monde universitaire? Pas vraiment. “Comment peut-on être ministre des universités et confondre le travail savant et le “ressenti” (sic) de certains? Sans citer aucun fait ayant trait à la recherche”, s’interroge, par exemple l’historien Nicolas Offenstadt, au lendemain de la publication d’une tribune signée par 600 universitaires réclamant la démission de leur ministre de tutelle

Fabriquer un ennemi commun?

Invité de l’émission C l’hebdo sur France 5, samedi 20 février, le chercheur spécialiste de la colonisation et de l’immigration, Pascal Blanchard, estimait de son côté que le terme, utilisé aujourd’hui, sert à “fabriquer un ennemi commun.” “Fabriquer son ennemi c’est la meilleure manière de fédérer des alliés. Et là, on sent bien que quelque chose arrive de la gauche et de la droite (…). La critique vient de ceux qui ont le sentiment d’avoir perdu la main sur le social et de ceux qui ont le sentiment que la plus grande France s’effondre”, expliquait-il, ajoutant: “c’est l’alliance des vieux bruns et des vieux rouges.”

Dans ce contexte, l’eurodéputé et possible candidat à la primaire EELV pour 2022 Yannick Jadot demande, à son tour, le départ de Frédérique Vidal. “Qu’il y ait eu des complaisances individuelles, à droite comme à gauche, avec des associations qui protègent un agenda salafiste, c’est une évidence”, a-t-il reconnu sur France 3, tout en expliquant que “l’islamo-gauchisme” ne “correspond à rien” à ses yeux.

Pour lui comme pour de nombreux chercheurs et universitaires “la ministre qui porte la disqualification de la recherche et de l’enseignement supérieur dans notre pays ne peut rester en poste.”

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