Post-partum: la sororité pour seul réconfort

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Livrées à elles-mêmes une fois rentrées à la maison avec leur bébé, les jeunes mères s’organisent entre elles pour se soutenir, échanger des conseils by way of les réseaux sociaux et participer à des groupes de parole bienveillants et déculpabilisants.

Le mot n’est pas nouveau et pourtant, ça ne fait pas si longtemps que les femmes enceintes, ou celles qui viennent d’accoucher, le prononcent et savent la réalité qu’il englobe. Ce mot, c’est le post-partum. Il vient du latin, “post” pour “après” et “partus” pour “accouchement”. C’est donc le nom que l’on donne à la période qui s’étend de l’accouchement jusqu’au retour de couches, et parfois même beaucoup plus longtemps après. Un second physiquement et émotionnellement difficile. Pourtant, si les femmes sont extrêmement suivies durant la grossesse, elles doivent, passé le courtroom séjour à la maternité, se débrouiller seules une fois rentrées à la maison, leur nouveau-né sous le bras.

Une aberration dénoncée en février 2020 par plusieurs jeunes femmes. Avec le hashtag #monpostpartum, la sociologue féministe Illana Weizman et ses amies Morgane Koresh, Ayla Saura et Masha Sacré brisent le tabou du post-partum sur les réseaux sociaux. Elles postent des images d’elles quelques jours après la naissance de leur enfant et partagent sans filtre leur ressenti durant cette période. Tranchées, saignements, factors de suture douloureux, difficultés à marcher, à s’asseoir, fuites urinaires: les témoignages, crus et explicites, se multiplient et viennent ébrécher l’picture d’Épinal de la mère épanouie. La parole se libère et depuis, à défaut d’une prise en cost institutionnelle durant le post-partum, les femmes s’organisent spontanément entre elles pour s’informer, se conseiller, partager leurs interrogations, leurs difficultés, ou tout simplement se déculpabiliser. Et dire haut et fort la réalité qu’elles vivent.

Sororité 3.0

C’est le cas de l’influenceuse bodypositive Yasmine, plus connue sur Instagram sous le pseudo @ElyKilleuse. Suivie par plus de 150 000 followers, la jeune femme de 33 ans a accouché il y a plus de six mois d’un petit garçon. Entre “incompréhension” et “solitude”, slalomant entre des “hauts et des bas”, celle qui a pris un congé sabbatique pour s’occuper de son fils estime être encore en plein post-partum. Quelques semaines après son accouchement, elle a été contactée par Clémentine Galey, la fondatrice du podcast Bliss Stories, pour enregistrer “un témoignage sans filtre” sur son quotidien de jeune mère confinée. L’épisode est un succès. Cette “immersion en post-partum” suscite alors de nombreuses réactions: “J’ai eu énormément de messages de mères qui me disaient qu’elles se sentaient moins seules, explique Yasmine. D’autres m’ont dit que ça les aurait beaucoup aidées d’entendre ça au moment où elles avaient eu leur bébé.” Face à ces nombreux retours enthousiastes, Yasmine a souhaité renouveler l’expérience sur Instagram en proposant à ses abonn·é·e·s un “24 heures avec” en story. L’idée? “Filmer et partager une journée entière avec mon fils pour que d’autres femmes s’y retrouvent et que celles et ceux qui jugent les mères à la maison se rendent compte de la pénibilité d’une journée avec un bébé”, précise Yasmine. Encore une fois, la trentenaire n’a reçu que “des réactions positives” et plusieurs jeunes mères ont suivi le mouvement en proposant elles aussi des “24 heures avec” en story sur leurs réseaux sociaux.

Il faut dire que la période n’aide pas: la pandémie a accentué le sentiment de solitude qui pèse déjà habituellement sur les jeunes mères. “Avec les ‘bébés Covid’, on est encore plus isolées qu’en temps normal, insiste Yasmine, donc ça fait du bien de se dire que l’on n’est pas seules à vivre les mêmes choses.” La jeune femme estime que “sans les réseaux sociaux”, elle aurait “encore plus mal vécu ce post-partum” et pense qu’elle n’aurait pas “continué à allaiter alors qu'[elle] y tenai[t] beaucoup”. En trigger: une candidose mammaire qui lui a donné pas mal de fil à retordre. “J’avais des douleurs en allaitant, comme si des morceaux de verres pilés sortaient de mes seins, se souvient Yasmine, beaucoup de femmes m’ont donné des conseils via Instagram pour me soigner alors que je n’ai trouvé aucune aide du côté de mon médecin, qui me soutenait qu’il s’agissait de simples crevasses.” Elle s’apprête d’ailleurs à envoyer une crème recommandée par la Leche League à une jeune mère qu’elle a rencontrée sur les réseaux sociaux: vivant à Mayotte et souffrant elle aussi d’une candidose, elle ne trouve pas le fameux produit sur place. “Je l’aide car moi aussi, j’ai reçu de l’aide lorsque j’en avais besoin”, dit Yasmine. 

La parole en guise d’anti-dépresseur 

À 26 ans, Josépha Raphard est la mère de Paloma, 14 mois. Très présente sur les réseaux sociaux, elle a lancé en septembre dernier le Loma Club, “un cercle de parole virtuel pour les mères et futures mères”. Anciennement attachée de presse dans la musique et aujourd’hui free lance, la vingtenaire s’était préparée “au pire du post-partum” pour finalement très bien vivre cette période: “Je pense que j’étais hyper bien préparée et très bien entourée”. Son objectif? Que d’autres femmes le vivent aussi bien qu’elle. “C’est une période pendant laquelle on a besoin d’échanger avec d’autres femmes qui vivent la même chose, assure Josépha Raphard, elles sont nombreuses à traverser un moment difficile et elles veulent pouvoir parler de tous les sujets -leur enfant, leur mec, leur mère, leur boulot, leur sexualité, etc.- sans être jugée.” En moyenne, Josépha Raphard organise deux ou trois classes par jour d’une heure sur Zoom. Les participantes, qui déboursent 20 euros par séance, sont regroupées selon leur profil, toujours en petit comité et bénéficient ensuite d’un suivi. “Elles peuvent m’envoyer un message avec leurs questions à tout moment, précise la jeune femme, que je partage ensuite à mon réseau de mères et je m’occupe de récupérer leurs réponses et de les envoyer à la maman concernée.” La demande est énorme, guarantee Josépha Raphard, qui peine à suivre la cadence et a limité son cercle de parole à 150 femmes pour “bien s’en occuper”.  

Les groupes de parole, c’est aussi l’un des créneaux investis par l’affiliation Parents & Féministes, cofondée en 2019 par l’actrice et danseuse Claire Tran. “Une grosse baffe dans la gueule”: voilà remark celle qui est devenue mère pour la deuxième fois il y a quelques mois résume son premier post-partum. “Je n’avais rien anticipé, j’avais lu trois bouquins, se rappelle-t-elle, c’était le cauchemar, je n’étais pas entourée et personne ne m’avait prévenue de ce qui m’attendait psychologiquement, des bouleversements hormonaux, du fait de se retrouver plus ou moins seule avec un bébé, etc. Y compris ma sage-femme.” C’est finalement grâce à cette expérience qu’elle crée l’affiliation Parents & Féministes. “De cette période est née beaucoup de colère et au lieu de la vivre, j’ai décidé de la transformer en action”, souligne Claire Tran qui estime que la parentalité n’est pas “prise en compte dans les politiques publiques”. “On considère que ça relève du domaine privé, continue-t-elle, alors que j’ai l’intime conviction que la façon dont on met les enfants au monde, dont on les éduque, est éminemment politique puisqu’il s’agit des citoyen·ne·s de demain.” Deux fois par mois, l’affiliation suggest des groupes de parole gratuits de deux heures sur Zoom animés par deux bénévoles et met également à disposition sur son website web une cartographie participative qui recense tous les cercles de parole en France. “Se réunir avec des femmes qui ont des enfants du même âge, c’est l’une des solutions pour aller bien au quotidien, on ressent moins de culpabilité et on est libérée d’un poids”, ajoute Claire Tran qui aurait aimé trouver de tels dispositifs lors de son premier post-partum. D’ailleurs, elle n’a pas du tout vécu le deuxième de la même façon: “Ça a été plus doux car je savais dans quoi je m’embarquais et j’ai aussi appris à exprimer mon mal-être quand il était là et à aller chercher du soutien quand j’en avais besoin.” Deux clés indispensables pour un post-partum plus apaisé. 

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