Présidentielle 2022: Arnaud Montebourg avance doucement ses pions

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Photo by JEFF PACHOUD / AFP

Arnaud Montebourg, ancien ministre de l’Economie. lors d’une réunion entre salariés d’Alstom & Général Electric, le 2 octobre 2017 à Grenoble.

POLITIQUE – À quoi pense Arnaud Montebourg? L’ancien ministre du Redressement productif sous François Hollande, candidat malheureux aux primaires socialistes de 2011 et de 2017, refait parler de lui depuis quelques mois, par petites touches, en attendant la publication de son livre L’engagement (Grasset), le 4 novembre, qui reviendra sur son expérience à Bercy.

Il faut dire que son discours sur les relocalisations et la souveraineté économique, porté quasiment dans le désert pendant des années, reprend des couleurs à l’aune de la crise sanitaire. Au mois de juin, le retraité de la politique, 57 ans, accorde un grand entretien à France Inter et ne passe pas par quatre chemins. “Nous (La France, NDLR) avons été mauvais”, “L’État a été lamentable”, “Ce n’est pas pour rien qu’il y a des milliers de plaintes au pénal”, “Beaucoup de morts auraient pu être évitées”, “L’État est défait”, lance-t-il en parfait opposant à Emmanuel Macron, son successeur à Bercy en 2014.

Diatribe d’avocat dont il a le secret

L’entrepreneur, qui s’est reconverti dans la production de miel et de glaces bios, laisse passer l’été et revient en octobre, sur le même ton, à propos cette fois de l’épineux dossier du rachat de Suez par Veolia. Sur LCI, l’ancien ministre dénonce “une collusion au sommet de l’État” en évoquant Antoine Frérot, le patron de Véolia “qui a financé la campagne d’Emmanuel Macron”. “Ils sont allés faire des campagnes pour se partager les dépouilles de la France”, lance-t-il, dans une diatribe d’avocat dont il a le secret et qui a fait des centaines de milliers de vues sur les réseaux sociaux.

“Le macronisme est une escroquerie politique”

Ce dimanche 1er novembre, à quelques jours de la sortie de son livre, Arnaud Montebourg accorde un grand entretien au Journal du Dimanche. “Le macronisme est une escroquerie politique”, pointe-t-il, ironisant sur un président de la République qui “change de discours comme on change de Kelton” (marque de montres dont la publicité des années 1970 disait “vous vous changez, changez de Kelton”, NDLR) ou qui “mime la démocratie représentative”.

Alors à quoi joue Arnaud Montebourg? Pourquoi ce retour médiatique à dix-sept mois de l’élection présidentielle alors que la gauche navigue à vue entre des écologistes qui ont le vent en poupe mais pas d’incarnation consensuelle à ce stade, un Jean-Luc Mélenchon qui ne fait pas mystère de sa candidature sans arriver à rassembler et un PS encore en grande difficulté et toujours embêté par François Hollande qui joue le même jeu que son ancien ministre.  

Hidalgo et Montebourg ont la même tactique: tout faire pour que cela soit possible et ne rien faire si c’est impossibleJean-Christophe Cambadélis, ancien premier secrétaire du PS

Pour le savoir, rien de tel que l’analyse de Jean-Christophe Cambadélis. L’ancien patron du PS qui a des antennes un peu partout à gauche est formel: c’est la stratégie du trou de souris ou de la dynamique qu’on crée dans les médias avant que les sondages ne vous imposent naturellement dans le jeu. Il compare celle d’Arnaud Montebourg à celle d’Anne Hidalgo, pressentie elle aussi pour incarner une alternative à gauche. 

“Si Anne Hidalgo voit sa candidature à condition que les écolos la soutiennent, Arnaud Montebourg voit sa candidature à condition que Jean-Luc Mélenchon dévisse ou que la France insoumise soit en crise. Les deux ont la même tactique: tout faire pour que cela soit possible et ne rien faire si cela est impossible”, commentait mi-octobre l’ancien député de Paris qui n’aime rien tant que d’analyser “le Rubik’s cube de la gauche” et d’envisager toutes les possibilités de couleurs et de combinaisons en fonction du moment politique.

S’il manque de réseau et d’un parti, Arnaud Montebourg aligne quelques qualités, selon les spécialistes, dont peu peuvent se targuer à gauche. “Ce qui est intéressant, c’est qu’il arrive à séduire aussi bien une gauche socialiste qu’une gauche mélenchoniste”, observe la politologue Chloé Morin. “Quand il était ministre, il prenait de front les grands patrons. Il a un côté antisystème qui est dans l’air du temps”, appuie l’ancienne conseillère de Matignon sous Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls. “Il est en revanche perçu comme excessif. La façon dont il mène ses combats de manière un peu chevaleresque est une force mais peut arriver à la limite de la caricature de lui-même”, nuance l’experte de la Fondation Jean-Jaurès.

Il a un côté anti-système qui est dans l’air du tempsChloé Morin, politologue

Un consultant politique proche des écologistes qui préfère conserver l’anonymat se souvient de sondages qualitatifs sur sa personnalité en 2011, au moment de la primaire socialiste. Il résume: “Les Français l’aiment bien, mais ils ne savent pas forcément ce qu’il pense sur tous les sujets et il a un côté Schtroumpf Grognon”. “Il ne s’est pas beaucoup exprimé sur la laïcité”, abonde Chloé Morin qui perçoit un autre “défaut”: son “isolement”. “Il n’a pas d’entourage, pas de réseau, ça interroge toujours en politique. Ça peut lui nuire, surtout qu’il est probable que LFI, EELV et le PS ne l’accueillent pas à bras ouverts”.  

“Il a une expérience dans le régalien, ce qui n’est pas le cas de certains écologistes ou socialistes. Il est arrivé troisième à la primaire, il a une hauteur de vue et une image de présidentiable potentiel”, loue le consultant politique qui constate un obstacle, lui, sur l’écologie. “Il a raté le tournant écologiste en 2009 alors qu’il avait un espace à ce moment-là. Il est devenu productiviste. Il va avoir du mal à convaincre un électorat qui s’écologise, contrairement à Hidalgo qui coche cette case-là”, poursuit cet expert.  

Il a raté le tournant écologiste en 2009 alors qu’il avait un espace à ce moment-là. Il est devenu productiviste. Il va avoir du mal à convaincre un électorat qui s’écologiseUn consultant politique proche des écologistes

Et pour cause, quand on interroge les écologistes sur une possible candidature d’Arnaud Montebourg, l’ambiance n’est pas à la fête. “J’ai un inintérêt pour ce sujet, comme pour le retour de Hollande”, nous répondait tout de go en octobre Sandra Regol, la secrétaire nationale adjointe d’EELV. “Notre horizon c’est de respecter l’accord de Paris et de lutter contre le réchauffement climatique, je n’ai rien vu dans ce qu’il propose qui aille dans ce sens-là”, conclut l’écologiste. 

Fermez le ban, en somme. “Nous désignerons une candidature écolo et nous proposerons aux autres forces de participer à notre projet et de le soutenir”, résumait au même moment Julien Bayou, le patron des Verts. “J’ai beaucoup de respect pour Bernard Cazeneuve aussi, mais il est socialiste, pas écolo”, poursuit le responsable, bien déterminé à faire émerger un candidat vert pour 2022. 

Il a rencontré Mélenchon en septembre

Même position chez les Insoumis qui ne voient pas d’espace disponible pour le chantre du Made in France. “Ce qu’il raconte est déjà couvert par Mélenchon”, balaie Adrien Quatennens, le coordinateur de la France insoumise qui a échangé avec lui au cours d’un déjeuner il y a plusieurs mois. “Montebourg c’est Mélenchon avec la constituante en moins, la bifurcation écolo en moins et l’énergie nucléaire en plus”, résume le député du Nord qui verrait bien plutôt l’ancien socialiste soutenir Jean-Luc Mélenchon dans sa conquête du pouvoir. ”Ça pourrait raconter une histoire intéressante, pourquoi pas!”.

Selon nos informations, Jean-Luc Mélenchon et Arnaud Montebourg se sont d’ailleurs rencontrés dans le courant du mois de septembre mais ne souhaitent rien dévoiler de ce rendez-vous. “Il n’y a pas de place pour deux!”, analyse un ancien député socialiste qui doute qu’“Arnaud fasse bifurquer Mélenchon”. 

Il ne pense qu’à çaL’un de ses amis

“Je pense qu’il est dans une forme de teasing politique”, analyse cette source socialiste. “Il est possible que ses proches s’organisent, à condition qu’il soit prêt”, observe le sénateur de l’Hérault, Henri Cabanel, proche d’Arnaud Montebourg qui se dit “prêt à le soutenir” s’il le lui demandait. “J’en ai marre de ses atermoiements”, répond de son côté un socialiste qui lui parle de temps en temps, fatigué de ses hésitations.

“Teasing politique”

Ce dimanche 1er novembre, dans le JDD, Arnaud Montebourg a fait un pas de plus. “Je réfléchis à un nouvel engagement”, dit-il, mystérieux.  “Beaucoup d’entre nous cherchent un nouveau rivage. C’est ce voyage qu’il faut entreprendre et, vous le savez, je n’ai pas l’âme d’un passager clandestin”, poursuit-il, laissant la porte ouverte.

L’un de ses amis nous a bien confié: “Il ne pense qu’à ça”. Mais de là à se lancer, il faudrait un invariant en politique dont personne ne peut dire encore si elles seront réunies: les circonstances. Un peu comme le résumé de son livre: “Le récit d’une ligne de vie brisée par les circonstances, mais une ligne de vie une et indivisible, dans la force intime de sa cohérence”. “La force de la cohérence”, un futur slogan?

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