« Rendez-nous l’argent des impôts ! » : les manifestations interdites à Bangkok, où les protestataires n’hésitent plus à s’en prendre au roi

0 12


Ce fut la provocation de trop : la Rolls Royce beige de la reine et du prince héritier – suivie d’une cohorte de Mercedes rouges –, est contrainte de ralentir, fendant avec peine la foule des manifestants en train de défiler par milliers, mercredi 14 octobre, dans les rues de Bangkok. La reine Suthida, 42 ans, esquisse un geste de la main, souriante. La réponse de ses sujets n’est pas très aimable. De la foule, difficilement contenue par un cordon de police, des cris fusent : « Rendez-nous l’argent des impôts ! »

La limousine poursuit son chemin, saluée par les mains levées des contestataires, trois doigts tendus en signe de révolte, geste hérité de la série de films américains Hunger Games qui est devenu le signe de ralliement des activistes thaïlandais.

Etat d’urgence « renforcé »

La réaction du pouvoir à ce camouflet populaire infligé à la famille royale n’a pas tardé : dès potron-minet, jeudi, le gouvernement a annoncé l’instauration d’un état d’urgence « renforcé » (ce dernier était déjà en vigueur pour cause de pandémie) après avoir dispersé les derniers manifestants qui campaient devant les bureaux du premier ministre Prayuth Chan-ocha et arrêté une vingtaine de meneurs du mouvement étudiant contestataire. Tout rassemblement de cinq personnes et plus est désormais interdit tandis que sont aussi prohibées de diffusion les informations pouvant mettre en danger « la sécurité nationale ».


Rassemblement anti-gouvernemental devant l’effigie du roi Maha Vajiralongkorn à Bangkok, le 14 octobre. GEMUNU AMARASINGHE / AP

Alors que se multiplient depuis trois mois des manifestations antigouvernementales destinées à forcer le premier ministre à la démission, le roi Vajiralongkorn, 68 ans, le monarque le plus riche du monde, est désormais ouvertement critiqué. Une situation sans précédent dans ce royaume où le souverain, monarque censément constitutionnel mais jouissant d’énormes pouvoirs, est quasi divinisé.

Lire aussi Thaïlande : des milliers de manifestants pro-démocratie défilent dans les rues de Bangkok

Le bras de fer engagé depuis trois mois par des étudiants activistes contre l’oligarchie militaro-monarchiste qui tient les rênes politiques et économiques du pays n’épargne donc plus ce roi dont la fortune est estimée au bas mot à une trentaine de milliards de dollars (25 milliards d’euros). De récentes informations révélant que Sa Majesté dispose en outre d’une flotte de trente-huit avions et hélicoptères aux frais de l’Etat ont suscité une certaine indignation populaire, relayée sur les réseaux sociaux.

La reine Suthida et le prince Dipangkorn Rasmijoti à bord de la voiture royale, ralentie par un rassemblement anti-gouvernemental à Bangkok, le 14 août.


La reine Suthida et le prince Dipangkorn Rasmijoti à bord de la voiture royale, ralentie par un rassemblement anti-gouvernemental à Bangkok, le 14 août. TEERA NOISAKRAN / AFP

Ce genre d’information passe de plus en plus mal dans la population, quand l’économie risque de se contracter de 8 % et que l’industrie touristique s’est quasiment effondrée pour cause de fermeture des frontières en raison de la pandémie de coronavirus.

Il vous reste 57.95% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Source link

This website uses cookies to improve your experience. We'll assume you're ok with this, but you can opt-out if you wish. Accept Read More