Riz Ahmed captivant en musicien tourmenté dans “Sound of Metal”  

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Privé de bruit et de fureur, un musicien réapprend difficilement le monde qui l’entoure. Un coup d’essai impressionnant.

Le sens profond du titre du premier long métrage de Darius Marder, Sound of Metal, n’apparaît qu’à la toute fin. Dans un premier temps, le son du métal est celui du rock que jouent Ruben, batteur (Riz Ahmed), et sa petite amie Lou (Olivia Cooke), chanteuse et guitariste, sur les scènes indépendantes d’Amérique, qu’il·elles sillonnent à l’aide d’un mini tourbus de fortune.

Jusqu’au soir où Ruben, en plein concert, ressent un acouphène. De plus en plus fort. Qui finit par tout envahir, jusqu’à ne plus laisser dans ses oreilles que le silence. Tout s’effondre pour le musicien à la crinière jaune lorsqu’un médecin lui explique qu’il ne récupérera pas son ouïe, et qu’il devrait tout faire pour conserver le peu qu’il lui reste. Ne pouvant plus jouer, perdant tous ses repères, menaçant de sombrer à nouveau dans l’héroïne dont il avait réussi à se sevrer il y a quatre ans, Ruben se laisse convaincre par Lou d’intégrer un centre pour sourd·es avec des problèmes d’addiction.

Une demi-heure est alors passée, et le film fait son premier virage, déjouant les attentes. Ce ne sera pas un film sur la chute d’un homme, ni même vraiment sur sa remontée. Plutôt autre chose : une nage entre deux eaux. The Sound of Metal est un film qui serpente, mais doucement, sans se brusquer. On croit voir sa queue à un endroit que sa tête est déjà ailleurs, sans pour autant que ce mouvement fût brusque.

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Dans sa deuxième partie, la plus longue, on suit donc Ruben dans ce centre où un vétéran de la guerre du Vietnam devenu sourd à cause d’un obus (Paul Raci) va lui apprendre à vivre avec sa surdité.

Riz Ahmed, de tous les plans, est captivant à observer

Le récit édifiant qu’on pourrait alors craindre est pour l’essentiel évité (malgré quelques scories), grâce d’abord à la mise en scène de Marder, qui démontre dès son premier film qu’il est un cinéaste sensuel, organique et attentif aux soubresauts du réel. Sa caméra suit de près les personnages mais ne les brusque pas, ne va pas leur arracher le sens, défaut typique des fictions béhavioristes.

Grâce à un efficace travail sur le son (récompensé aux Oscars), on passe du point d’écoute de Ruben à celui de ses interlocuteur·trices, traduisant à la perfection les tourments psychiques du héros.

Mais c’est bien à son interprète, surtout, que le film doit sa réussite. Riz Ahmed (découvert dans The Night Of, puis Night Call ou encore Rogue One), de tous les plans, est captivant à observer. Ses grands yeux d’enfant triste, conjugués à son tempérament volcanique et à son physique musculeux dessinent un personnage imprévisible, plus mat qu’il n’y paraît, à l’image du film.

Éclair de lucidité

Son dernier mouvement est ainsi une nouvelle surprise qui l’emmène à Paris, dans une maison bourgeoise où règne un doux patriarche, génialement joué par Mathieu Amalric. Leur confrontation, toute en retenue, autour d’un petit-déjeuner, impressionne par sa finesse d’écriture et de jeu. Et la compréhension progressive par Ruben qu’il n’appartient pas à ce monde en est d’autant plus poignante.

Pour la première fois depuis le début, quelque chose lui apparaît comme une évidence indéniable, un éclair de lucidité qui laisse, aux spectateur·trices comme au personnage, autant de regrets que d’espoirs.

Sound of Metal de Darius Marder, avec Riz Ahmed, Olivia Cooke, Mathieu Amalric (E.-U., 2019, 2h, ). Sortie le 16 juin

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