Textes et paroles avec Nono et Sciarrino « À Emporter « ResMusica

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Luigi Nono (1924-1990) : 1951 Polifonica – Monodia – Ritmica (version originale) pour six instruments et percussion ; En Bonus, l’enregistrement live en première mondiale de Polifonica – Monodia – Ritmica à Darmstadt en 1951, sous la direction d’Hermann Scherchen ; Sara dolce tacere, chant pour huit solistes d’après La terra e la morte de Cesare Pavese – a Bruno Maderna per il 21 aprile 1960. Salvatore Sciarrino (né en 1947) : L’alibi della parola – for [the] Hilliard Ensemble – pour quatre voix ; Tre canti senza pietre pour six voix. Ensemble Aisthesis ; direction : Walter Nussbaum ; membres de la Schola Heidelberg ; Musiciens de l’Orchestre du Théâtre fédéral de Darmstadt ; direction : Hermann Scherchen. 1 CD Divox. Enregistré en juin 2007 (1-4) et février 2005 (5-7) dans la Sendesaal de Frankfurt ; en mars 2003 dans la Schlosskirche de Bad Dürkheim (8-11) ; en juillet 1951, aux Ferienkurze de Darmstadt (12-14) ; texte allemand/anglais. Durée : 68:40

Ils sont tous les deux Italiens et attachés à la voix : Luigi Nono et Salvatore Sciarrino, qu’une génération de compositeurs sépare, sont associés dans cet album qui convoque les membres de la Schola Heidelberg et l’ensemble instrumental allemand Aisthesis.

Luigi Nono_Salvatore Sciarrino_Walter Nussbaum_DivoxD’un côté le Vénitien Nono (1924-1990), tenant du sérialisme dont relèvent les deux œuvres du CD ; de l’autre côté le Sicilien Sciarrino (né en 1947), tournant le dos aux dogme sériel et à l’abstraction pour un retour à la nature, au corps et à l’écoute de ce qu’ils nous apprennent. Ainsi L’alibi della parola pour quatre voix d’hommes (1994), une pièce en quatre mouvements écrite sur des textes divers (Augusto de Campos, Pétrarque, etc.) témoigne-t-elle de la stylisation sciarrinienne où le souffle du chanteur est premier (Pulsar). Dans chacun des mouvements, Sciarrino renouvelle les modes de « lecture » du poème, toujours chanté à fleur d’émotivité et de théâtralité (Quasar) : étirements et découpes des mots, tremblements, respirations sont autant de madrigalismes (du XXᵉ siècle) pour approcher le texte de manière sensible et sensuelle. Tout est courbe, plasticité et inflexion dans Tre canti senza pietre à six voix (1999) de Sciarrino toujours : procédé litanique et répétitif dans mormorando (à Michel Serres) pour trois voix d’hommes où les mots de la phrase se diluent progressivement dans un flux de souffle recouvrant le sens. Jeux de registres et de dynamiques creusent l’espace dans un deuxième mouvement traversé du souffle des chanteurs. Silenzio è un muro con fessure est un titre sciarrinien disant ce rapport au silence qu’entretient la musique du Sicilien. Les Membres de la Schola Heidelberg en restituent la délicatesse et l’étrangeté avec bonheur.

L’écriture n’est pas moins exigeante dans Sarà dolce tacere pour huit voix (Ce sera doux de se taire) que Luigi Nono écrit en 1961 sur un texte de Cesare Pavese, écrivain italien engagé qui se suicide en 1950. La voix est droite et proche du traitement instrumental chez le compositeur qui fait circuler les syllabes des mots aux différentes pupitres en relais, telle une sorte de hoquet médiéval dessinant un espace mouvant qui englobe tous les registres. Au final, le procédé n’est pas tant éloigné de la manière de Sciarrino, n’était cette intensité/tension particulière qu’aime instaurer Nono au sein de la ligne de chant, celle des voix aigües notamment mettant toujours au défit le registre des sopranos. L’interprétation flexible et sensible qu’en donnent les membres de la Schola Heidelberg tend à gommer cet aspect radical de l’écriture.

Polifonica – Monodia – Ritmica pour six instruments et percussions (1951) – per Eunice Katunda – est un premier enregistrement au disque dans la version longue restituée. L’œuvre créée à Darmstadt en 1951 avait alors été réduite de moitié par Hermann Scherchen en charge de la direction du concert. L’enregistrement historique, un rien calamiteux, de la création de 1951 est offert en bonus à la fin de l’album. Nono précise que la pièce est construite sur un chant brésilien que lui a fait connaître Eunice Katunda, pianiste et compositeur brésilien rencontré à Venise. Dans Polifonica, la pièce la plus longue, Nono met à l’œuvre l’écriture en relais déjà mentionnée dans l’œuvre précédente et le principe d’un espace éclaté relevant du principe sériel. L’intervention du tambour militaire à la fin du mouvement est quasi théâtrale. Monodia, sur fond de cymbale résonnante, est une Klangfarbenmelodie (mélodie de timbre) de type webernien, sinueuse autant que sensuelle, tandis que Ritmica se limite à une brève section rythmique invitant les percussions et le piano-résonance. L’œuvre de jeunesse, fort bien jouée au demeurant par l’ensemble Aisthesis sous la direction de Walter Nussbaum, ne laisse d’interroger sans nous convaincre vraiment.

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Luigi Nono (1924-1990) : 1951 Polifonica – Monodia – Ritmica (version originale) pour six instruments et percussion ; En Bonus, l’enregistrement live en première mondiale de Polifonica – Monodia – Ritmica à Darmstadt en 1951, sous la direction d’Hermann Scherchen ; Sara dolce tacere, chant pour huit solistes d’après La terra e la morte de Cesare Pavese – a Bruno Maderna per il 21 aprile 1960. Salvatore Sciarrino (né en 1947) : L’alibi della parola – for [the] Hilliard Ensemble – pour quatre voix ; Tre canti senza pietre pour six voix. Ensemble Aisthesis ; direction : Walter Nussbaum ; membres de la Schola Heidelberg ; Musiciens de l’Orchestre du Théâtre fédéral de Darmstadt ; direction : Hermann Scherchen. 1 CD Divox. Enregistré en juin 2007 (1-4) et février 2005 (5-7) dans la Sendesaal de Frankfurt ; en mars 2003 dans la Schlosskirche de Bad Dürkheim (8-11) ; en juillet 1951, aux Ferienkurze de Darmstadt (12-14) ; texte allemand/anglais. Durée : 68:40

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