Trump cède à son principal mécène la résidence des Etats-Unis en Israël

0 14


Le milliardaire Sheldon Adelson, principal soutien financier de Trump et de Nétanyahou, vient d’acquérir à Tel-Aviv la somptueuse résidence de l’ambassadeur des Etats-Unis, officiellement installé à Jérusalem. 

Sheldon Adelson, assis au centre, aux côtés de son épouse Miriam, lors de l’annonce de « l’accord du siècle » (Alex Wong, Getty Images)

Advertisement

Donald Trump et Benyamin Nétanyahou rayonnent en ce 28 janvier 2020 à la Maison blanche, debout l’un à côté de l’autre, affichant leur inébranlable solidarité. Ils déclarent être parvenus à « l’accord du siècle« , voué à régler définitivement le conflit israélo-arabe. Peu leur importe que les Palestiniens, concernés au premier chef, soient absents de cette séance d’auto-célébration. A intervalles réguliers, les invités triés sur le volet se lèvent pour applaudir les deux leaders, avant une standing ovation finale. Seul le milliardaire Sheldon Adelson reste assis au premier rang, sa femme à ses côtés.

Même si la santé déclinante de l’octogénaire justifie cette exception, le symbole est fort. Car, en soutenant à fonds perdus Trump et Nétanyahou, depuis de longues années, Adelson les a non seulement rapprochés comme jamais ne l’ont été deux dirigeants élus d’Israël et des Etats-Unis. Il les a unis autour de ce « plan de paix » qui légitime la colonisation dans les territoires occupés de Jérusalem-Est et de Cisjordanie. Et, pour éviter les surprises de la prochaine présidentielle américaine, Adelson vient d’acquérir la résidence officielle de l’ambassadeur des Etats-Unis en Israël, située depuis plus d’un demi-siècle à Herzliya, la banlieue huppée du nord de Tel-Aviv. Trump rend ainsi irréversible le transfert à Jérusalem de son ambassade comme de son ambassadeur.

UN MILITANT DE LA COLONISATION DE LA PALESTINE 

Sheldon Adelson, avec une fortune estimée à plus de 33 milliards de dollars, serait aujourd’hui une des trente personnes les plus riches du monde. Il règne sur un vaste empire immobilier, dont les fleurons sont ses casinos de Las Vegas, de Macao et de Singapour. Profondément réactionnaire, il a combattu sans relâche la politique du président Obama, avant de devenir, en 2016, le principal donateur de la campagne électorale  de Trump. En Israël, sa générosité a largement bénéficié à Nétanyahou, au service de qui il a mis le tabloïd gratuit Israel Hayom (propriété d’Adelson et premier quotidien en tirage du pays). La mise en examen du Premier ministre pour corruption, fraude et abus de confiance s’est accompagnée de révélations sur les offres faites par Nétanyahou de brider la diffusion d’Israel Hayom, afin de s’attacher les faveurs d’autres médias. Adelson a eu beau être furieux d’un tel scandale, il n’a pas dévié pour autant de sa ligne annexionniste dans les territoires palestiniens.

Le milliardaire de Las Vegas a ainsi versé 20 millions de dollars à la colonie d’Ariel, au sud de Naplouse, en vue de moderniser en 2017 le campus qu’abrite cette implantation (la faculté de médecine porte depuis le nom d’Adelson et de son épouse). Il a contribué à différentes initiatives de consolidation et d’expansion des colonies existantes, retrouvant à cette occasion David Friedman, un avocat d’affaires que Trump avait longtemps chargé de ses investissements dans les casinos. Friedman, promu par Trump ambassadeur en Israël en 2017, n’a cessé d’y légitimer les faits accomplis dans les territoires occupés. Il se retrouve ainsi en phase avec les tendances les plus dures de la droite et de l’extrême-droite en Israël, tendances qu’encourage Adelson aux Etats-Unis par le biais de l’Israeli-American Council (IAC). Trump, intervenant aux côtés d’Adelson en novembre dernier à l’IAC, a même accusé certains Juifs américains de « ne pas assez aimer Israël ».

PETITS ARRANGEMENTS ENTRE AMIS

Adelson est farouchement opposé à la « solution à deux Etats » entre Israël et un futur Etat palestinien. Il a accompagné toutes les étapes de la démolition par Trump d’une telle solution, depuis l’annonce du transfert de l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem, en décembre 2017, jusqu’à l’inauguration solennelle de cette ambassade, en mai 2018, et enfin « l’accord du siècle » de janvier dernier. Mais la perspective d’annexion d’une bonne partie de la Cisjordanie qu’ouvrait un tel accord ne s’est pas concrétisée cet été, du fait de la priorité accordée en Israël à la lutte contre le coronavirus. En outre, la normalisation avec les Emirats arabes unis, suivis par Bahreïn, repose sur la suspension de tout nouveau projet d’annexion. Même si Joe Biden, l’opposant de Trump à la présidentielle de novembre prochain, a déclaré qu’il ne reviendrait pas sur le transfert de l’ambassade à Jérusalem, Adelson a préféré prendre des gages.

C’est dans ces conditions que l’administration Trump a mis en vente la résidence des Etats-Unis en Israël et conclu en un temps record cette transaction en faveur d’Adelson. Le Congrès, dont la commission compétente doit autoriser toute cession d’un bien d’Etat, vient de l’approuver, Adelson ayant fait l’offre la plus généreuse. Le montant, estimé à 100 millions de dollars, serait même le plus important jamais versé en Israël pour un immeuble de ce type. La vue imprenable sur la Méditerranée de cette demeure de prestige intéresse moins Adelson que le transfert de la résidence de l’ambassadeur des Etats-Unis à Jérusalem, où se dérouleront désormais les célébrations du 4 juillet, la fête nationale américaine. Il est très rare qu’une négociation immobilière ait une telle signification diplomatique. Et encore plus rare de forcer ainsi la main du prochain locataire de la Maison blanche.

Mais le best-seller de Donald Trump, justement consacré à ses succès de promoteur, ne s’intitulait-il pas « L’art du deal »? Et tant pis si le Guatemala reste à ce jour le seul Etat à avoir suivi Trump en déplaçant sa propre ambassade à Jérusalem…



Source link

This website uses cookies to improve your experience. We'll assume you're ok with this, but you can opt-out if you wish. Accept Read More