Un drôle de roman où s’organise un “recensement des intellos de gauche” 

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Le romancier et journaliste Giacomo Papi signe une farce caustique sur l’intellophobie qui fait écho bien au-delà de son biotope italien.

Ce pourrait être une de ces comédies satiriques dont le cinéma italien fut pourvoyeur dans les années 1960-1970. Le Recensement des intellos de gauche de Giacomo Papi a en effet quelque chose d’Au nom du peuple italien de Dino Risi : une alchimie de personnages pittoresques et de critique sociale.

L’argument est un brin fada. Un vénérable professeur est assassiné au sortir d’un talk-show, au motif qu’il a eu l’impudence d’y citer Spinoza. Sa fille Olivia mène son enquête dans une Italie à peine dystopique où le Premier ministre vocifère que les intellectuel·les de gauche sont un outrage au peuple, comme tout ce qui est “complexe”, et qu’il va falloir les recenser pour mieux les encadrer. Ça ne s’arrangera pas.

La trouvaille in vitro, c’est que le récit est lui-même contaminé par ces bouffées néofascistes

La trouvaille in vitro, c’est que le récit est lui-même contaminé par ces bouffées néofascistes à travers deux squatteurs des notes en bas de pages, censeurs de “la haute autorité pour la simplification populaire de la langue italienne”, qui n’aiment pas les mots compliqués comme “amphigourique” ou “pashmina”, leur préférant “obscure” et “châle afghan”.

Conclusion mélancolique d’un vieil intello de gauche : “La culture est un pari sur le fait que grâce à la pensée, on peut finir par comprendre à peu près le monde. Comme certains ont avantage à ce qu’on n’y comprenne rien, elle a tendance à les déranger beaucoup.” Toute ressemblance, etc.

Le Recensement des intellos de gauche (Grasset), traduit de l’italien par François Rosso, 234 p., 19 €

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