Violences policières: Macron est-il dans l’impasse?

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POOL New / Reuters

Emmanuel Macron s’adressant à des policiers lors d’un déplacement au Perthus, à la frontière franco-espagnole, le 5 novembre 2020 (photo d’illustration)

POLITIQUE – Une condamnation sans détour. Dans le long texte publié sur Facebook vendredi soir, Emmanuel Macron a posé des mots forts sur “l’agression inacceptable” subie par Michel Zecler, dont les images ont provoqué chez lui un sentiment de “honte”. Une prise de parole imposée par le caractère explosif de la situation, alors que des manifestations contre la loi “Sécurité globale” (qui a d’ailleurs provoqué une crise politique au sein de la macronie) s’organisent dans toute la France ce samedi 28 novembre.

Avant cette déclaration, son indignation après l’affaire révélée par Loopsider avait pourtant été rendue publique via le canal traditionnel, à savoir une déclaration à l’AFP faite par son entourage. Mais la pression étant trop forte, il s’agissait donc de montrer que le chef de l’État prenait la question des violences policières au sérieux, à l’heure où des images exhumées sur les réseaux sociaux rappelaient les propos du candidat Macron à ce sujet en 2017. 

Alors que ses plus proches conseillers, à l’instar de l’eurodéputé LREM Stéphane Séjourné, expriment leur inquiétude de plus en plus fort, Emmanuel Macron a donc profité de ce texte pour annoncer qu’il ordonnait au gouvernement de lui “faire rapidement des propositions pour réaffirmer le lien de confiance qui doit naturellement exister entre les Français et ceux qui les protègent”. Or, comme l’ont remarqué de nombreux journalistes, dont celui à l’origine des révélations de Loopsider, c’est la troisième fois en 2020 que le chef de l’État formule cette demande à son gouvernement.   

Dès le mois de janvier, et après que les images d’une manifestante jetée au sol par le croche-pied d’un policier tournaient en boucle sur les réseaux sociaux, le locataire de l’Élysée utilisait quasiment les mêmes termes. “Je souhaite que le ministère de l’Intérieur puisse me faire, dans les meilleurs délais, des propositions claires pour améliorer la déontologie, les éléments de contrôle”, avait-il déclaré en marge d’un déplacement en Pau le 14 janvier. 

Rebelote au mois de juin. Alors que les manifestations contre le racisme et les violences policières accompagnaient le déconfinement, Le Monde révélait que le chef de l’État avait demandé à Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur à l’époque, de “faire aboutir rapidement le travail, engagé en janvier dernier, qui consistait à faire des propositions pour améliorer la déontologie des forces de l’ordre”. L’entourage présidentiel jurait que le thème comptait parmi ses “priorités”. 

Un dossier relégué

Or, à l’aune du “virage régalien” amorcé dans l’été, et ayant conduit à la nomination de Gérald Darmanin place Beauvau, le dossier a visiblement perdu de son caractère prioritaire puisque le successeur de Christophe Castaner, à peine nommé, déclarait devant les députés au sujet de l’affaire Chouviat: “quand j’entends le mot ‘violences policières’ personnellement je m’étouffe”. Soit le vocabulaire utilisé par le livreur juste avant de mourir lors de son interpellation. 

Signe que le dossier avait bel et bien été relégué, le chef de l’État se retrouve cinq mois après sa précédente requête à demander (encore) au gouvernement de faire rapidement des propositions. Et si l’on en croit les informations du Monde, les pistes mises sur la table ont également un air de déjà-vu. Parmi celles-ci, la réforme de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN). Soit un chantier évoqué au mois de juin par Christophe Castaner. Est également citée par le quotidien du soir la lutte contre les discriminations au sein même de l’institution policière, ce qui est déjà censé être le cas depuis une mesure prise en 2016 sous le quinquennat Hollande.    

Des chantiers qui ne devraient pas calmer ceux qui se mobilisent contre les violences policières et le climat sécuritaire qui s’installe, lesquels demandent une refonte en profondeur de l’institution et la démission de plusieurs responsables impliqués dans le maintien de l’ordre, dont le préfet de police Didier Lallement. Encore sur la sellette, ce dernier a demandé ce samedi aux policiers de “tenir la ligne républicaine”. Nul doute que la tournure que prendront les manifestations du jour sera surveillée de près à l’Élysée. 

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